Nous avons tous nos passions, nos caractéristiques propres, nos talents.

Dans mon cas, c’est la communication orale et l’écriture.

Mon diagnostic de tumeur - et maintenant la progression de celle-ci- viennent compromettre ce qui me caractérisait moi. La seule chose que je sache bien faire, avec laquelle je vis. Car c’est comme professeure que je gagne ma vie et, quand je n’enseigne pas ou pas assez, je fais de la correction et de la rédaction de textes. J’aurais préféré me faire amputer les deux jambes plutôt que de devoir envisager ma vie sans pouvoir m’exprimer.

Quand mon neurologue m’a dit où se situait la tumeur et ce qu’elle pouvait toucher, il m’avait dit que je pourrais avoir des difficultés à parler. J’ai déjà des problèmes, légers, de langage : une dysphasie. C’est-à-dire que je fais des erreurs en parlant soit en me trompant dans mon choix de mots, soit en inversant des mots dans les phrases de façon désordonnée et difficile à comprendre.

Quand j’ai demandé à mon médecin si je pourrais continuer à écrire si jamais je perdais ma faculté de parler, il m’a dit que non. Les deux sont interconnectés. 

Alors, je me suis inquiétée : serais-je encore capable de penser?

Il m’a dit que oui. 

Mais j’ai peur. Car dans ma tête, je pense en mots. Je m’entends penser, j’analyse les situations que je vis. Tout se traduit instantanément en mots. Si je suis privée de cet état, que restera-t-il de mes pensées? Serais-je envahie seulement par des sensations, des concepts abstraits, innommés, pêle-mêle dans ma tête? Sans logique? Serais-je simplement réduite à l’état d’un animal? Un animal ancré dans l’instant, sans regard sur le passé et l’avenir, sans analyse de l’existence?

Quel sera ainsi mon rapport aux autres? Comment communiquerais-je avec ceux que j’aime? Sans compter que je risque de perdre mon emploi… 

J'ai donc très peur. Peur de me perdre moi en perdant la parole et l'écriture.