En relisant les notes prises par mon neurologue dans mon dossier, j’ai lu qu’il expliquait que je n’étais pas opérable en faisant une flèche qui pointait « Broca ».

Je savais que ma tumeur était située dans le lobe frontal gauche et que c’était la région du cerveau chargée de la motricité du langage, notamment. Mais je ne savais pas qu’elle était désignée Aire de Broca. Je me suis donc mise à faire des recherches à ce sujet.

cartographie_cerveau(Sur l'illustation présentée ici, c'est la zone 2 qui est touchée par la tumeur)

Paul_BrocaL'aire de Broca a été nommée ainsi en raison du chirurgien français Paul Broca (1824-1880) qui, en 1865, a identifié la zone de « la faculté du langage articulé ». Il a réussi cela en autopsiant le cerveau d’un de ses patients décédés qui avait présenté une aphasie. Le cerveau présentait des lésions dans cette zone précise. De plus, ce médecin s’est intéressé au lien entre préférence manuelle et latérisation du langage. Il a noté que les patients souffrant d'une aphasie après atteinte de l'hémisphère droit sont souvent gauchers ou ambidextres. Il en déduisit alors une « loi » (la Loi de Broca) stipulant que l'hémisphère utilisé pour le langage est situé du côté opposé à la main préférée. L'aire de Broca peut être définie comme une aire associative traitant les informations.

On attribue généralement à l'aire de Broca un rôle central dans l'organisation du langage articulé: on croit ainsi qu'elle commande les lèvres, la langue, le palais, le pharynx, le larynx. Toutefois, les chercheurs ont récemment découvert que cette zone gère beaucoup d’activités sans rapport évident avec le langage.

Ainsi, pour comprendre ce qui se produisait au cerveau, ces chercheurs ont étudié l’activité cérébrale de certains sujets effectuant des séquences d’actes moteurs plus ou moins élaborées. Ils constatèrent que l’aire de Broca est activée systématiquement en relation avec les niveaux de complexité des séquences demandées.

En effet, il semble que le cerveau décompose les actions en trois niveaux hiérarchiques d’organisation : l’acte moteur simple (ex: casser un oeuf), la séquences d’actes moteurs (battre des oeufs en neige) et l’enchaînement de séquences motrices (réaliser un gâteau).

Il est donc intéressant de constater que cette même région du cerveau puisse contrôler les capacités linguistiques et l’organisation hiérarchique de nos comportements moteurs. Les chercheurs estiment que notre faculté à produire un langage syntaxique constitue la forme la plus aboutie de cette capacité à organiser hiérarchiquement nos actions.

Ces découvertes récentes serviront à élaborer de nouveaux traitements des troubles de langage.

Mais, pour moi, découvrir la complexité de ce qui est en danger présentement me consterne.

Sources :
Institut national de la santé et de la recherche médicale 2- Université Pierre et Marie Curie, Paris (INREM)
Revue Nuron, juin 2006