Piano_RosesJe ne crois pas en avoir encore parlé en ces lignes, mais j’ai une de mes bonnes connaissances, A.,  qui est décédée en mars 2005 d’un cancer du cerveau.

Quand cette amie avait eu son diagnostic, j’avais eu le mien peu auparavant et il m’avait semblé que, comme moi, elle serait suivie et traitée, puis qu’elle s’en remettrait. La différence, majeure, entre son cas et le mien était la malignité de sa tumeur.

Elle a toutefois choisi de ne pas parler de son cancer. Elle avait une tumeur au cerveau, elle avait dû être opérée, avoir de la radiothérapie et de la chimio. Elle s’en remettait, vivait sa vie à plein. Moi, comme bien d’autres de notre cercle d’amis, je la croyais guérie.

Or, il n’en était rien. Elle n’avait que peu de temps à vivre et elle avait fait le choix de ne pas ébruiter sa maladie, sa gravité, au-delà de son cercle restreint : son mari, son fils et sa famille proche.

Ce fut donc un choc pour nous lorsque nous avons appris, environ un an après son rétablissement, qu’elle venait d’être hospitalisée et qu’elle allait bientôt mourir d’un cancer généralisé. Un vrai choc.

Moi, je me sentais coupable d’avoir sous-estimé sa maladie, de l’avoir reléguée sur le même plan que la mienne.

Tout ce que nous pouvions faire, désormais, était d’apporter du support à P., son mari, qui se retrouvait veuf et seul pour élever leur fils âgé de huit ans.

Mes parents étaient beaucoup plus proches de ce couple d’amis que je ne l’étais, mais les circonstances nous ont rapprochés. P. a des affinités avec mon amoureux et son fils a presque le même âge que mon plus vieux et ils s’entendent bien. Nous nous voyons donc de temps en temps.

Ce week end, notre ami avait organisé une petite fête pour souligner son anniversaire et c’était la première fois que je le revoyais depuis les développements concernant ma tumeur. Soudainement, la réalité « terre à terre » vécue par A. prenait une autre dimension. Nous avons discuté longuement avec notre ami, mon amoureux et moi, à cette occasion. P. nous a parlé de la façon dont s’étaient passés les traitements de radiothérapie de A., des effets qu’elle avait eus sur elle. P. a insisté sur le rôle qu’aurait à jouer mon amoureux à mes côtés. Un rôle difficile, car la radiothérapie peut avoir beaucoup d’effets négatifs sur le cerveau, notamment au niveau de l’humeur et de la personnalité. La fatigue est grande, également.

Autre point intéressant, mon amie a été traitée par le même neurochirurgien que moi. J’ai donc pu avoir les impressions de P. à son endroit. En somme, c’est un excellent médecin, ce que j’avais su en glanant des commentaires ici et là. Mais il est dur, aussi. Pas toujours délicat dans ses interventions avec ses patients. Trop direct, peut-être. C’est également mon impression, je n’ai qu’à repenser à la façon dont il m’a annoncé que je ne pourrais plus avoir d’enfant… Non. Je reconnais qu’il n’a pas pris de détours. Mais j’aime mieux regarder les choses en face que de vivre dans les non-dits, les sous-entendus et l’illusion.

Donc voilà que j’ai eu ces commentaires et ce témoignage, alors que ma vie prend un autre tour. Curieux que je n’ai pas parlé plus tôt avec P. Toutefois, mon cas est bien différent de celui de A. Je vais guérir et vivre encore longtemps.

Mais je dois dire en même temps que je suis contente car mon amoureux prend conscience de ce qui s’en vient et il réalise, je crois, qu’il a un ami en la personne de P. Précieuse bouée dans la tempête à venir.

(Illustration: piano et roses en mémoire d'une musicienne passionnée)