15 octobre 2006
Signes vitaux
Bon. J'ai décidé de créer une nouvelle catégorie qui, tout simplement, servira à vous donner uniquement l'heure juste en ce qui concerne mon état de santé et état d'âme. Direct, sans explications, ni rien.
J'ai eu cette idée parce que la catégorie Au fil des jours qui, au départ, me semblait idéale pour vous donner mes impressions et humeurs sur la façon dont je vivais la maladie, ne me permet pas nécessairement de vous dire systématiquement comment je me sens.
Donc, voilà pour la journée du dimanche 15 octobre:
Sur le plan physique: de mieux en mieux. Presque plus de bleus. Mes poignets sont encore sensibles et tirent maintenant vers le jaune (ils étaient mauves foncés au départ, à cause des solutés et des cathéters) Ma tête ne me fait pas mal (hier soir, un peu). Les bosses qui ont surgi là où le casque a été fixé dans ma tête sont, elles, encore douloureuses, surtout celles en arrière de ma tête. Mes cheveux repoussent sur l'endroit opéré, c'est moins voyant. J'ai eu des douleurs à la jambe gauche hier, moins aujourd'hui. C'est dû au fait que j'ai été beaucoup couchée et assise. Cela fait coincer mon dos... et cela descend dans ma jambe.
Sur le plan psychologique: je vais très bien. De bonne humeur et assez reposée.
"Appelez Charest!"
Je vous avais dit que je vous reparlerais de ma fameuse première nuit à l'hôpital...
Pour mon séjour, j'avais d'abord demandé une chambre privée. Cependant, il n'y en avait pas. J'ai donc dû partager une chambre avec le monsieur auquel j'ai déjà fait allusion.
En discutant avec quelqu'un de sa famille, en soirée jeudi, j'ai su qu'il était hospitalisé pour un cancer du cerveau. Il n'était plus opérable et tout ce qui restait à faire, c'était d'attendre, en le soulageant au besoin de la douleur. On m'a expliqué qu'il étaot resté le plus longtemps possible à la maison, mais qu'il venait de perdre l'usage de ses jambes et que sa femme avait dû le faire hospitaliser car c'était devenu trop lourd de s'en occuper. Par ailleurs, il avait perdu l'ouïe d'un côté et il était confus. Sa famille avait demandé une chambre aux soins palliatifs mais, faute de place, il attendait dans cette chambre au département de neurologie.
J'étais bien compatissante avec ce pauvre monsieur et sa famille.
Le soir, j'ai eu la visite de mon amoureux et de mon fils. Ils m'ont laissée me reposer en quittant vers 21h. J'ai alors écouté de la musique, j'ai écrit, j'ai lu. Puis, j'ai tenté de dormir, avec mes boules bien enfoncées dans mes oreilles, afin de ne pas entendre le souffle très fort de mon voisin.
Mais le pauvre homme, avec l'arrivée de la nuit, sans doute, est devenu angoissé. Incapable de sonner (je crois qu'il oubliait où se trouvait la sonnette) il appelait. Il voulait uriner mais refusait de le faire dans sa couche. Il appelait, appelait, appelait. Et, peut-être confondant le bouton rouge de la sonnette avec le bouton rouge de sa lampe de chevet, il s'est mis à allumer et éteindre sans arrêt. J'étais bouleversée.
Je ne pouvais pas rester insensible à ces appels de détresse. J'ai donc sonné. Plusieurs fois, durant la nuit, j'ai dû sonner pour ce monsieur. Pour que quelqu'un vienne prendre soin de lui. Mais comme c'était moi qui appelait, c'était d'abord moi que la préposée venait voir. Personne n'avait l'air de comprendre, du premier coup, ce qui se passait, pourquoi moi j'appelais, si je n'avais besoin de rien.
À 4h du matin, je me suis assise dans mon lit, quand, après que j'ai sonné, la préposée est arrivée, un peu impatiente, me demander pourquoi j'avais appelé. Je lui ai dit qu'il fallait faire quelque chose pour le pauvre monsieur. Lui donner un calmant, prendre soin de lui. J'ai dit que cet homme avait besoin de soins et que moi, je devais dormir pour être en forme pour mon opération. Elle m'a alors dit sèchement que je n'avais qu'à demander une chambre privée. Ce que j'avais fait... et ce que je lui dis, précisant qu'il n'y en avait pas. Alors, elle m'a dit: "Ben, appelez Charest!"
Je vous épargne ici ce que je me suis dit INTÉRIEUREMENT. Car je n'ai rien répondu à cette réflexion "hautement spirituelle". Cette insipidité que je recevais à 4h du matin, alors que je n'avais pas dormi de la nuit. Les joues me brûlaient. Et je me disais que ça n'avait pas de bon sens d'entendre de telles choses alors qu'on est là pour être soigné... avec nos propres taxes et impôts... Et je n'ai rien dit surtout parce que lorsqu'on est à l'hôpital, on est vulnérable. On dépend du bon vouloir des gens qui travaillent sur les lieux. Et une infirmière ou un préposé ulcéré, ça peut devenir inquiétant pour la suite des choses. Je ne voulais en aucun cas risquer un commentaire.
N'empêche que j'ai trouvé cela ordinaire. Et je me suis bien dit que je partagerais ce moment de pure rage impuissante avec vous.
Une caricature de Garnotte tirée du Devoir. Et une petite chanson... d'un groupe à la verve délicieuse: Loco locass!



