Cerveau_couleursJe ne sais si vous vous en souvenez, mais j’ai passé au mois de novembre dernier un examen médical pour situer avec précision ma zone de langage. Comme il s’est produit plein d’événements en même temps à cette période, comme mon premier rendez-vous chez l’oncologue et le début de ma chimiothérapie de même que la naissance de ma nièce, j’ai remis à plus tard le récit de cette escapade montréalaise. Mais je n’ai pas oublié que j’avais prévu vous en parler. D’ailleurs, de temps à autres, certains parmi vous me demandez des nouvelles de cet examen. Je n’en ai pas encore eu mais les résultats devraient m’être donnés par mon neurochirurgien, en mars.

Une résonance fonctionnelle, c’est d’abord une résonance magnétique. La différence, c’est que durant l’examen, le patient est soumis à une série de tests qui permettront d’activer le cerveau pendant la prise des clichés.

Pour les tests, on avait placé un écran d’ordinateur quelque part dans l’appareil. Couchée sur le dos, je pouvais en voir le reflet dans un miroir. L’important était que je puisse voir ce qui apparaissait à l’écran. Problème en vue : je n’avais pas mis mes verres de contact et on ne peut porter de lunettes à l’intérieur du tube. Il a fallu qu’on me trouve des lunettes de plastique ajustées à ma vue. Problème assez vite réglé. D'ailleurs, ces lunettes ont un chic fou! Les techniciens m'ont taquinée avec ça.

Autre point : les tests se font en silence. C’est important de ne pas bouger la tête pendant que la machine prend les clichés. Donc, la bouche et la mâchoire doivent rester immobiles. Et ce qu’il y a de merveilleux avec le cerveau, c’est que penser les mots et les dire active les mêmes zones. Je devais donc penser les mots dans ma tête.

Il y a eu trois séries de tests à passer. La première série alternait deux types d’exercices. Le premier exercice consistait, lorsqu’une lettre de l’alphabet apparaissait, à donner des mots qui commençaient par cette lettre. Le plus possible, le plus vite possible. Ensuite, un signe + apparaissait au centre de l'écran: c’était le plus difficile : ne penser à rien tant que le signe + apparaissait. (Il ne fait même pas se dire "Faut pas que je pense, faut pas que je pense..." Car on pense, quand on se dit ça!) Ensuite, on me donnait un mot, par exemple « vêtement », « animal », « fruit ». Alors, je devais penser à des mots faisant partie de la catégorie indiquée. Le plus de mots possible, le plus vite possible. Ensuite, encore le signe +, donc «silence » dans ma tête. Puis une autre lettre de l’alphabet. Et ce, plusieurs fois en ligne.

Première constatation, ces exercices donnent chaud. Mes lunettes de plastique se sont mises à s’embuer. Deuxième constat : le neuropsychologue qui me faisait passer les tests est revenu me voir pour me demander mon degré de scolarité. Je lui ai dit rapidement mon niveau d’études, le domaine, etc. Il m’a alors dit que les tests seraient moins longs. Donc, étudier fait gagner du temps (pour ces tests, du moins!)

La deuxième série de tests comprenait d’autres exercices. Pour ce faire, j’avais une souris d’ordinateur dans la main. Le premier test consistait à cliquer sur le bouton droit si je voyais apparaître une faute dans la logique (la syntaxe) de la phrase qui m’était présentée et sur le bouton gauche s’il n’y en avait pas. Entre deux tests, encore le signe +; je vidais mon esprit. L'autre test de cette série présentait des caractères «que je ne comprendrais pas », m’avait expliqué mon neuropsychologue. Toutefois, c’était de l’hébreu, langue que j’ai étudiée un peu au bacc. Petite peur de mon neuropsychologue. Car c'est important, pour les résultats, que je ne comprenne pas le sens de ce qui apparaissait. Mais je ne possède pas assez l'hébreu pour que les caractères aient un sens quand je les vois. Et pour le test, je devais, dans une série de caractères hébraïques, identifier un symbole. Si ce symbole apparaissait : un clic sur le bouton droit, sinon, clic à gauche.

Ça donne vraiment chaud. J'ai dû demander qu'on me nettoie les lunettes, complètement embuées. Je n'y voyais plus rien.

Autre série de tests : je devais d’abord remplacer un mot absent dans une phrase par un mot logique. Par exemple, « Luc marche sur le » … (trottoir, prononcé dans ma tête). L’autre test, c’était des mots en grec (eh oui, du grec…) et quand deux lettres semblables se suivaient, deux lambdas, par exemple, un clic à droite. S'il n'y avait aucune lettre en double, un clic à gauche. Cette fois, j’ai ri. Car le grec, je le lis. Mais mon neuropsychologue m’a dit que ce ne serait pas trop grave…

La résonance fonctionnelle a, en tout, duré une trentaine de minutes.

Dans ma grande naïveté, je pensais que sur les clichés, les zones activées durant les tests apparaîtraient en couleurs, bien en évidence. Eh bien non! Quand on voit des photos, des images présentant des cerveaux avec des zones illuminées ou colorées, il faut savoir que c’est un travail assez long fait par des spécialistes qui, en regardant les clichés, mettent cette couleur à l'ordinateur pour montrer, en évidence, les zones actives. Le neuropsychologue m’a expliqué que c’était son travail. C’est pourquoi cela prend quelques semaines avant d’obtenir les résultats.

J’ai bien hâte de voir comment se répartissent mes zones de langage dans mon cerveau, car, comme le montrent les études, il n’existe pas un cerveau identique, et la localisation de ces zones peut varier considérablement.

Illustration: l'image choisie ici montre bien un cerveau dont certaines parties ont été mises en évidence par de la couleur à l'aide de l'ordinateur.