À l'aube de la démocratie: la réforme hoplitique
En cette journée d'élection, je me suis dit que je pouvais bien vous faire un petit cours d'histoire, surtout que certains m'ont fait part de leur envie de voir s'ajouter d'autres billets dans la catégorie "Histoire et Antiquité" de ce blog. Donc voilà. Je m'y plie. En plus, j'ai décidé de vous entretenir d'un sujet qui est en lien avec la démocratie: la réforme hoplitique.
La réforme hoplitique est le terme qui désigne certains changements qui sont survenus en Grèce à la période archaïque, vers le VIIe siècle avant notre ère. À cette période, la Grèce connaissait une certaine effervescence qui s'est manifestée par l'apparition et l'organisation de la polis (la cité) et par une vague de colonisation sur le pourtour de la Méditerranée.
Dans les changements qui sont apparus dans le mode de vie des Grecs de l'époque, on note une nouvelle façon de faire la guerre. En effet, l'équipement du guerrier grec était alors coûteux, mais on va proposer un nouvel équipement constitué d'un bouclier rond (hoplon), d'une épée courte et d'une pique qui était beaucoup plus léger et plus accessible, car moins cher. Faire la guerre, défendre la cité devient alors possible pour une plus grande quantité d'hommes.
De plus, l'équipement de l'hoplite, léger et maniable, a introduit également une nouvelle conception de la guerre. Non seulement les gens étaient plus nombreux à participer à la défense de leur cité, mais en plus, l'esprit dans lequel ils combattaient était différent. Avant, les riches citoyens utilisaient la guerre comme un "agôn" (concours) pour s'illustrer comme le meilleur. Maintenant, de nouvelles règles s'imposent. On se bat désormais en phalange organisée, et non en mêlée. Les hommes se battent au coude à coude, en protégeant leur voisin de gauche de leur bouclier rond. Tous sont alors à égalité, protégeant leur camarade sur le terrain. Fini, le chacun pour soi. On fait un corps, uni.
Qu'est-ce que la réforme hoplitique a à faire avec la démocratie?
Eh bien, le lien est simple: comme une classe de citoyens plus pauvre est venue s'ajouter à la défense de la cité, que les hommes, riches ou pauvres, étaient maintenant égaux dans leur façon de faire la guerre, au coude à coude, solidaires, les pauvres ont alors réclamé les mêmes droits politiques que les riches. Égaux devant l'ennemi, égaux à l'assemblée. Cela semblait logique. Et peu à peu, les règles de la polis se sont modifiées pour inclure ces nouveaux guerriers citoyens et leur donner les mêmes droits, étant donné qu'ils avaient les mêmes responsabilités que les riches.
Un pas était donc fait en vue d'une démocratie plus inclusive.
Je vous parle ici d'une réforme qui a eu lieu il y a 2700 ans. Bien entendu, notre démocratie n'est qu'un écho de celle des Grecs. Elle n'y ressemble que bien peu. Mais on oublie malheureusement trop vite combien les efforts des hommes ont visé à l'atteinte d'une démocratie universelle comme la nôtre. Et voter est un simple geste... Il faut l'exercer. Il fut si chèrement acquis.
Illustration montrant à quoi pouvait ressembler un hoplite grec vers le Ve siècle avant J.-C. Plus bas, vase grec du Ve siècle illustré d'une scène de combat entre hoplites.
Commentaires sur À l'aube de la démocratie: la réforme hoplitique
- D'histoire et de santéBonjour, pour vous situer par rapport aux articles parus ici dans la rubrique "Histoire et Antiquité", sachez que le blogue Soleil en tête n'a pas comme mission première de renseigner les lecteurs sur des sujets historiques. Il est vrai que j'y ai parfois abordé de tels sujets (étant professeure d'histoire ancienne), mais simplement à travers la chimiothérapie que je menais à l'époque. D'autres sites vous renseigneront certainement plus adéquatement que le mien.

- La politique et les politiquesSans vouloir faire de la polémique, ton article fait raisonner en moi plusieurs choses.

Tout d'abord, le fait que cette organisation démocratique est 2700 ans d'existence (si je puis dire) et que Marseille, ma ville, à fêter il y a quelques temps ses 2600 ans d'existence, la ville la plus ancienne de mon pays mais aussi la plus ouverture aux nouvelles idées, aux nouveaux arrivants... donc j'imagine que cette notion de démocratie l'a séduite.
Ensuite, les élections et le droit de vote... en ce moment en France se livre la grande bataille des élections présidentielles qui commenceront le mois prochain et l'ensemble des candidats à "ratisser" large pour que les gens se mobilisent pour aller aux urnes. Je trouve inadmissible que l'on ne vote pas. Nous devrions penser à tous ceux qui se sont battus avant nous pour que nous, nous puissions nous exprimer. Je me souviens enfant mon grand père en passant devant la mairie de sa petite ville, le jour du vote, soulevait son chapeau en signe de respect pour l'édifice et ce qu'il représentait.. sa devise "Liberté, Egalité, Fraternité"... Lui il n'avait pas oublié et il nous a appris à ne pas oublier.
Merci pour cet article fort intéressant.
Bonne journée - Merci pour ce billet!Bonjour Danaée,

Merci pour ce billet fort à propos en ce jour d'élections générales québécoises.
Moi aussi, je pense que l'un des premiers devoirs d'un citoyen-ne est d'aller voter, ne serait-ce que pour se «garantir» le droit ensuite de «chialer» contre ses gouvernants.
Peu importe la façon de voter - pour un parti, en annulant, ou en laissant son bulletin blanc -, l'important est d'aller le faire.
Malheureusement, des gens s'abtiennent de le faire, et ce phénomène ne vient pas nécessairement de la part de ceux de qui on s'y attendrait le plus.
Ainsi, récemment, un docteur en science politique m'a dit qu'il ne voyait pas l'intérêt d'aller voter à cette élection puisque la campagne venant de se terminer ne fut, selon lui, rien de plus qu'un «cirque». Je ne dis pas que ce ne fut pas le cas, mais, pour moi, une telle appréciation ne signifie pas que l'on ne doive pas y aller, d'autant plus que, à tout le moins pour le Québec, on a facilité encore davantage l'exercice du droit de vote par l'adoption de nouvelles mesures, en réaction à la dernière élection (2003) lors de laquelle le taux de participation avait été l'un des plus faibles - quelque 70 % - constaté depuis quelques élections.
J'ai finalement conclu ce bref échange avec ledit docteur en science politique en lui mentionnant que, pour ma part, j'irais voter puisque, de mon côté, je suis «seulement» un bachelier (au sens nord-américain du terme) en science politique...
Don Quichotte - Réponses démocratiquesBéatrice: Tu le sais sûrement, mais Marseille était une cité grecque fondée par les Ioniens au VIe siècle avant J.-C., justement dans la vague de colonisation de la période archaïque. Je suis par ailleurs d'accord qu'il faudrait encore plus de gens, comme ton grand-père, qui nous rappellent l'importance des valeurs démocratiques...

Phil: Contente que tu apprécies!
Don Quichotte: Je ne comprends pas l'attitude des gens comme ton docteur de sciences po... Il y a un tel cynisme! Ça me stupéfie.
Geneviève: Je ne sais pas si on assiste vraiment à un cirque... Je pense aussi que les médias ont un rôle dans cet état de faits. Contente que le billet t'ait plu.
Daphnea: Merci!
- Les absents de la démocratieMalheureusement hier, 30 % des électeurs ne sont pas allé voter. Un citoyen sur trois a démissionné et refusé de s'impliquer, malgré toutes les nouvelles mesures mises en place. De plus, il ne pleuvait pas, pas de tempête de neige, température agréable... Aucune excuse.

C'est très sérieux et dommage pour la démocratie.
Les absents ont torts; alors de grâce, qu'ils se taisent maintenant et réfléchissent.
Danaée, ton texte nous rappelle que la justice et la démocratie ont été développées lentement et aux prix de nombreux sacrifices. Il est dommage que tant de personnes les balaient du revers de la main. Mais qui sont ces irresponsables? Il est trop facile de dire que c'est de la faute des politiciens.
CHAQUE citoyen est responsable de SON vote. - Lux: Pour avoir discuté avec des personnes qui ne sont pas allées voter, je me suis rendu compte que ce ne sont pas nécessairement des gens qui ont démissionné de la sphère politique. C'est juste qu'ils ne se voient représentés par aucun parti en lice. Et j'ai donc dû repenser un peu mes positions...

Pour certains, ne pas aller voter, c'est, en soi, un acte politique. - Merci DanaéeOui merci pour ta précision. Ça va me rendre un peu plus prudent. J'ai quelques fois des réactions émotives qui ne tiennent pas compte de tous les éléments. L'impulsivité fait du bien mais elle manque aussi de recul.

P.S. Par contre, je ne suis pas sûr de pouvoir ou de vouloir toujours me contenir
- Vraiment ?N'est-il pas vrai qu'un débat entoure la fameuse révolution hoplitique ? Les pauvres ont-ils demandé davantage de droit politique puisqu'ils prenaient part à la guerre ou bien ont-ils pris part à la guerre puisqu'on leur avait octroyé davantage de droits politiques ? L'oeuf ou l'enveloppe ??? Oupps, ça c'est à la Poule aux oeufs d'or ...













Quoi qu'il en soit, bonne continuation !