2100 km au compteur et nous voici de retour après notre virée en Abitibi.

Vacances, retour aux sources? Ce voyage m’a permis de faire découvrir ce coin de pays à mes hommes et de respirer l’air de la forêt boréale, des lacs et des rivières. De rencontrer les membres de ma nombreuse famille et de faire le plein de chaleur humaine.

L’Abitibi, c’est d’abord s’y rendre. C’est, quand on part de Québec, passer à travers six régions administratives de la province: la région de Québec, la Mauricie, Lanaudière, les Laurentides, l’Outaouais et, enfin, l’Abitibi elle-même. C’en est même une septième : notre excursion de pêche au lac Turgeon nous a menés dans la région de la Baie-James!

IMG_2880La route de l’Abitibi, c’est en partie le parc de la Vérendrye. Un parc où les cellulaires ne captent plus les ondes, où des pancartes nous avertissent à l’avance : route isolée sur les km 282 à 476… Il faut être certain de ne pas manquer d’essence. Il faut également surveiller les abords de la route pour éviter une collision avec un cerf ou un orignal… Mais c’est aussi une série de lacs, de rivières et la forêt à perte de vue. Des chemins de terre qui mènent vers des accès aux lacs, à des terrains de camping. S’arrêter permet de profiter de certaines merveilles cachées, comme les chutes du lac Roland que nous avons découvertes.

L’Abitibi, c’est l’accueil chaleureux que nous ont réservé mon oncle et sa femme. Leur organisation sans faille qui prévoyait des activités pour tous les goûts, pour toutes les températures… C’est l’ingéniosité de mon oncle qui a bâti une vraie coupole vitrée entourant sa piscine hors terre. Une piscine « intérieure » ou presque, chauffée au bois par un système bien pensé et qui a fait la joie de mes fils et ce, malgré une température externe oscillant autour de 15oC. Dans l’eau, il faisait 94oF!

IMG_3075L’Abitibi, c’est des balades en bateau sur des lacs entourés de forêts. C’est la prise d’un petit brochet par mon Amoureux rempli de fierté et c’est aussi les yeux ébahis de mon Grand constatant qu’il venait de prendre un beau doré de plus de 14 pouces! C’est le plaisir de déguster le poisson pêché. C’est les sourires, les rires, les conversations autour de la table, le soir. C’est le feu de camp de fin de soirée. C’est les étoiles scintillantes dans le ciel où le soleil se couche tard, vers 22h.

IMG_2917L’Abitibi, c’est Val-Saint-Gilles, le village où est née ma mère. Un village minuscule qui survit tant bien que mal à l’expatriation de ses habitants. Un village où un de mes cousins a acheté un grand terrain pour y aménager un parc, une rue et des terrains résidentiels pour revitaliser ce patelin qui l’a vu naître. C’est la ferme de mon oncle qui demeure dans la maison où vivait ma mère quand elle a rencontré mon père. C’est le bois, c’est des champs défrichés à la sueur de mon grand-père, de ma grand-mère, de mes oncles et tantes. Ma famille a même laissé son nom à une des routes de ce village où elle a ses racines.IMG_2941

L’Abitibi, c’est une nature sauvage. C’est des températures extrêmes. Des hivers rudes qui isolent les gens où le froid atteint moins trente degrés avec de grandes quantités de neige. Et des étés infestés de mouches noires, d’énormes maringouins… Et des chaleurs parfois intolérables… Mais pour nous, les conditions atmosphériques nous ont réservé du temps gris et froid : les maringouins se sont fait rares… heureusement! Et l’Abitibi de nos souvenirs, ce sera les deux castors aperçus sillonnant un lac et surtout cette petite femelle orignal broutant les hautes herbes sur le bord de la rivière La Sarre près de l’embouchure du lac Abitibi. IMG_3019

L’Abitibi, c’est la petite ville de La Sarre où mes parents se sont connus, où a vécu mon père et où se sont mariés mes parents. C’est également les villes minières de Rouyn-Noranda et de Val d’Or, dont les cheminées et les tas de roches dominent le paysage, elles qui ont avalé tant d’efforts humains, tant de vies, aussi. Et c'est la présence des autochtones, ces peuples qui occupaient le territoire avant l'arrivée des colons et dont le sang coule dans mes veines et celles de mes enfants.

L’Abitibi, c’est la vitalité, l’enthousiasme de tous ces gens qui continuent à travailler pour valoriser leur coin de pays. C’est les 74 artisans qui ont œuvré à mettre en spectacle l’histoire de l’Abitibi qui a donné Le Paradis du Nord. C’est aussi le rappeur Anodajay qui en a fait la première partie, avec la reprise de la chanson de Raoul Duguay La bitt à Tibi. C’est un pays bâti par des gens qui n’ont pas eu peur des défis et de l’effort pour trouver leur bonheur.

L’Abitibi, c’est la terre de mes ancêtres. C’est leurs rêves au milieu de la dépression des années trente. C’est leurs désillusions devant une terre peu fertile, difficile à défricher, des hivers éprouvants, des étés torrides et infestés de mouches. Mais c’est encore une nature belle, des gens accueillants et vaillants. Qui ont du cœur au ventre et qui l’aiment, leur Abitibi.

"Moi j’viens d’Abitibi
Moi j’viens d’la bitt à Tibi
Moi j’viens d’un pays qui est un arbre fort
Moi j’viens d’un pays qui pousse dans le nord"
(Raoul Dugay, La bitt à Tibi)