Mur en briques

Je voyais mon oncologue cet après-midi et j'avais en tête de lui poser deux questions.

Mais d'abord, je lui ai offert mon livre dédicacé. 

Oui, on avait évoqué la possibilité qu'il vienne faire un tour au lancement mais, le soir même, il n'a pas pu se libérer. Un gentil message de sa secrétaire m'attendait au retour sur mon répondeur, m'informant qu'il aurait aimé être présent mais qu'il avait eu à voir des patients hospitalisés jusqu'à tard en soirée. 

Il a pris le temps de feuilleter le livre un peu... Mais moi, je voulais le questionner...

Tout d'abord, ai-je un cancer? Même si on dit que j'ai une tumeur de bas grade? Eh bien... Oui. J'ai un cancer du système nerveux central... Lent.

Bon. (Cri intérieur quand même. Je me réconfortais un tout petit peu en évitant le sillage de ce mot maudit...) Ok. Un cancer "lent". Moi, j'aime bien la lenteur. Vraiment, il y a quelque chose de très... rassurant, dans la lenteur. Quand le mur arrive, il arrive... ben... moins vite. Mettons.

Donc mon mur, il va arriver moins vite.

Ok.

Combien d'années avant le mur, docteur?

Je voulais qu'on parle de statistiques. Du pronostic.

Là, mon oncologue a soupiré. J'imagine que ce ne sont pas les nouvelles qu'on aime donner aux patients. En plus, des statistiques, c'est impersonnel. Tout le monde est unique. Et il y a tant de facteurs qui viennent changer la donne. Oui. Je sais tout ça. Mais je les voulais, les statistiques. Savoir c'est quoi, une fois pour toutes, les chances de survie avec un oligodendrogliome.

Cinq ans. Dix ans. Certains ont dépassé 10 ans et sont encore en vie.

Ok. 

Moi, je suis diagnostiquée depuis 2002. On compte depuis 2002? (Je ne sais pas si vous savez compter comme moi, mais cette option ne me plaisait pas). Ou depuis 2006, quand j'ai eu ma première chimio? Ou depuis là, maintenant, tout de suite?

Regard de mon médecin.

Comme la tumeur est très lente depuis qu'on la suit, on peut penser que j'en ai au moins pour 10 ans. À partir de maintenant.

Bon. Va pour 10 ans. 

Moi, je me fixe au moins de fêter mes 50 ans. Donc je me dis 12. (Pis je me dis ben, ben plus que ça, au fond... Pourquoi pas?)

Oh. Une autre statistique, s'il vous plaît, docteur...

Quelles sont les chances que mon oligodendrogliome se transforme en glioblastome?

20% de chances.

Bon. 

Voilà. J'ai eu réponse à mes questions. On a aussi discuté de mes plaquettes qui semblent avoir besoin d'un peu de répit (en plus, je dois subir sous peu une petite chirurgie...). On modifie ma prise de Temodal à partir de maintenant, ce qui fait que je vais suivre un cycle de 14 jours sur 21 (au lieu de 21 sur 28). Mais on poursuit avec la même dose, soit 100 mg par jour.

On a évoqué aussi la possibilité que je sois opérée. L'exérèse, même partielle, même à 50%, serait peut-être une des options pour prolonger mon espérance de vie. Je vois mon neurochirurgien le 5 novembre, on en reparlera. D'ici là, je passe un IRM le 15 octobre, qui devrait nous donner une bonne idée de l'efficacité du Temodal cette fois encore, et je revois mon oncologue le 25 octobre.

À moi maintenant de faire en sorte que le temps qui m'est donné soit productif, satisfaisant. Croquer dans la vie à belles dents.