GF Kersting kuegelgen_am_schreibtisch

Une autre semaine commence où se poursuit ma cure de repos. Ça me fait vraiment du bien d'être arrêtée, d'avoir minimisé les sources de stress dans ma vie. J'en étais arrivée à une grande détresse mentale et je ne pouvais pas continuer comme ça.

Je passe de longues journées seule mais je ne m'ennuie pas. J'écris, bien sûr. Ma façon de ne pas me sentir purement inutile. Et pour aller au bout d'un des multiples projets d'écriture que j'envisage, si le temps m'en est donné. Et même si je passe par de grands passages à vide, que le doute, toujours, me harcèle, je continue. Et ça constitue l'essentiel de mes journées.

Oui. Je me repose, dans la solitude de mon appartement. Dans ces journées ponctuées d'appels téléphoniques, de courriels, de visites. J'observe le passage de la lumière à travers l'appartement, au fil des heures. Mes chats qui dorment. J'entretiens mes plantes.

Ce quotidien tranquille me fait du bien. M'apaise.

Parfois, je me demande si j'aurais pu replonger dans l'enseignement cet hiver. Ça me manque et je me sens relayée sur la voie d'accotement de la route de la vie. Mais dès que j'ai à gérer des situations qui me prennent de l'énergie mentale, de la concentration, je réalise que je n'en serais pas capable. Je me serais complètement épuisée.

Les lecteurs de mon livre Soleil en tête me font souvent la remarque du tourbillon qui m'a reprise après mon arrêt de maladie en 2006-2007. J'avais replongé trop vite, c'est vrai. En me relisant, je vois bien que j'aurais dû prendre plus de temps pour guérir. Me reposer. Mais les circonstances étaient différentes. Je ne regrette pas.

Maintenant, c'est différent. Oui, financièrement, c'est plus facile, avec l'assurance-invalidité qui m'est versée, mais c'est différent aussi dans mon état de santé. C'est maintenant une deuxième chimio que j'ai absorbée. Mon corps s'en ressent. Je vieillis, aussi, je ne dois pas l'oublier. Et la rechute, je vous l'avoue, s'est révélée un coup de massue pour mon moral. Sans avoir perdu mon "soleil en tête", j'ai dû lutter contre les nuages sombres. Et le repos m'aide à rester du côté lumineux de la vie.

Mercredi, je repasse un IRM et revois ma neurochirurgienne-oncologue vendredi. Bien sûr, ça me stresse. Mais je garde espoir. Je visualise la stabilité. Et de bonnes nouvelles pour la suite des choses qui me permettront d'envisager quelques projets et mon retour au travail.

D'ici là, je me repose en savourant le retour progressif du printemps, dans ma solitude habitée qui fait place, dès que rentrent mes hommes le soir, à cette vie que j'aime et à laquelle je m'accroche.

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Image: Georg Frederich Kersting (1785-1847), Kügelsen au bureau. Tiré d'ici.