Decembre

Nous contrôlons peu de choses dans la vie. Bien peu. En fait, même ce que nous croyons contrôler n’est parfois que vaine illusion. Une façon de nous conforter, de nous faire supporter l’insupportable. Trouver l’équilibre dans un monde précaire, à la limite du chaos.

Comme tant d’autres, je vis ma vie en funambule sur un fil. Peut-être avec un peu plus de lucidité, avec la mort qui rôde. Avec cette chose dans ma tête qui a un nom, une réalité. Mais je me berce aussi d’illusions, au jour le jour. Me laissant aveugler par le quotidien, le train-train. Et je me disperse dans mille et une choses à faire. Oublieuse de l’échéance.

Or voilà que l’échéance arrive. Et que cette fois, il me faut la regarder en face. La chirurgie inévitable. Imminente.

Lors de notre dernier entretien, ma neurochirurgienne a été droit au but. En insistant sur notre atout central : contrôler le calendrier.

Contrôler le calendrier, ça veut dire voir venir. Me préparer. Organiser le quotidien, les papiers. Envisager ma session sereinement en planifiant mes dossiers administratifs pour insérer l’opération et la convalescence à travers l’année scolaire.

Pas de surprise. C’est ça, le luxe de contrôler le calendrier.

Contrairement à bien des gens atteints d’une tumeur au cerveau comme la mienne, je n’aurai pas à être happée par le hasard. La crise d’épilepsie qui déclenche tout le reste et qui bouleverse l’existence. À l’image de cette opération qui se fera réveillée, je suis en contrôle.

Pourtant, je me sens misérable. 

Et je ne contrôle rien, sinon ce temps. Ce précieux temps.