Lorraine Côté et Marie-Josée Bastien dans W;t (@LaBordee)

W;t, c'est le titre français donné à la pièce de Margaret Edson, Wit. Wit signifie "esprit", "intelligence". Ici, le point virgule qui remplace le "i" fait référence à la ponctuation des versets de John Donne.

Car de quoi est-il question ici? D'une femme, Vivian Bearing, professeure à l'université en littérature anglaise et spécialiste de John Donne, poète du XVIIe siècle, lui-même passionné de vie, de mort et de Dieu. C'est une intellectuelle. Assez dure, sévère. Exigente. Amoureuse des mots, de leur sens. Mais à cinquante ans, elle apprend qu'elle a un cancer des ovaires. Grade 4. Métastasé. Elle doit faire face à ses traitements, mais aussi à l'introspection. À la mort qui se pointe. Qui lui fait peur. À sa solitude, aussi. Et à la beauté de ce qui reste quand "l'intellectuel" tombe. Quand il ne reste "que la bonté", dans des mots crus. 

J'ai adoré cette pièce. 

J'ai aimé Lorraine Côté, humaine. Drôle, désolée, sarcastique. Elle incarne parfaitement cette professeure, cette femme sévère et exigente qui voit sa vie s'achever dans une chambre d'hôpital, avec l'équipe soignante, dont un jeune chercheur qui a déjà suivi son cours et une infirmière qui ne connaît rien en poésie, mais qui l'entoure de soins affectueux. La scène du "pop sicle" est particulièrement touchante quand, à 4 heures du matin, Vivian sonne pour avoir une présence. C'est beau. 

Mais je dois vous dire que j'ai pleuré dans les dernières 20 minutes de la pièce. Des larmes sereines, tristes mais belles. L'étau se resserre sur notre héroïne. La douleur a forcé les médecins à la maintenir sous la morphine. Elle somnole et ne peut à peu près plus parler. Et soudain, elle reçoit la visite de son ancienne professeure d'université. C'est une scène magnifique. 

Alors je ne peux que vous encourager à courir à la Bordée, d'ici le 28 mars. 

Je vous dirais que, pour ma part, j'ai beaucoup aimé la pièce en tant que telle, mais se mêle à cela un autre sentiment fort. Cette impression d'avoir vécu ces étapes, de m'en être sortie, pour le moment. La réflexion sur la vie, la mort. La peur. Le sens de la vie. Notre propre finitude qui nous rattrappe. Notre vie. Notre seule, unique vie. 

C'est une pièce qui marque, je crois. 

On ne s'étonnera pas qu'elle se soit mérité en 1999 le Prix Pulizer for drama, ni qu'en 2001, elle ait été tournée en film avec la très inspirante Emma Thompson. 

Allez! Quelques larmes et une profonde, humaine réflexion sur la vie, la mort. 

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W;t

Théâtre de la Bordée. Texte de Margaret Edson, traduction de Maryse Warda. Mise en scène de Michel Nadeau. Avec l'extraordinaire Lorraine Côté. Jusqu'au 28 mars 2015.

Image: Twitter : @LaBordee