Portevoix

La tumeur qu'on m'a en grande partie retirée en février était située dans l'aire de Broca où s'organise l'activité langagière. L'exérèse pouvait entraîner des effets secondaires dans ma faculté de parler et d'écrire. J'ai d'ailleurs connu plusieurs problèmes et j'en ai toujours, mais de moins en moins. Écrire m'est encore difficile (mais ça!). Au moins, je vois avec confiance revenir mes réflexes et je peux envisager sans trop de stress la reprise de l'enseignement cet automne.

Aujourd'hui, je voulais me concentrer sur le travail qu'a fait mon orthophoniste.

D'abord, sachez que je n'étais pas une patiente "ordinaire". Pas que je sois extraordinaire, non. Mais parce que si j'avais été traitée selon les normes, je n'aurais pas eu de traitements. À l'heure des coupures et de l'austérité, les services sont réduits et l'IRDPQ en pâtit. Et, selon les observations faites par la travailleuse sociale et la neuropsychologue de l'IRDPQ lors de mon rendez-vous d'évaluation, j'atteignais déjà le minimum attendu. Or, la neuropsychologue de l'hôpital (celle avec qui j'ai passé ma chirurgie à lire des phrases et identifier des images) avait elle-même fait des appels à l'IRDPQ pour qu'on prenne mon dossier en main. Elle voulait que je sois vue rapidement, que j'aie vite des exercices et un suivi en orthophonie. On a pris en compte le fait que j'étais professeure et écrivaine et que ce à quoi il fallait que je revienne était au-delà des attentes moyennes.

J'ai donc été un défi pour mon orthophoniste qui a eu à préparer des exercices exigeants, soutenus voire corsés. Elle a fouillé ses dossiers, ses piles de tests, ses jeux d'images, ses listes de mots. Et elle m'a proposé plein de trucs et de devoirs pour retrouver le fil de mes mots, ma fluidité dans mes pensées. 

Je l'ai rencontrée à sept reprises. Une première fois pour qu'elle évalue mes capacités, mes attentes et que nous nous donnions un but à atteindre. Puis six rencontres de travail où j'arrivais avec mes devoirs faits (en partie ou en totalité) et où nous travaillions ensemble avec les mots, les phrases. Il faut dire que rapidement ces exercices sont devenus des espèces de jeux intellectuels avec un bon niveau de difficulté. Pour moi, l'important était que je sois stimulée, qu'on me demande de chercher des définitions, des synonymes, des manières variées d'exprimer la réalité.  

Vendredi dernier, c'était notre dernière rencontre. Elle s'apprêtait à prendre une semaine de vacances avant une chirurgie mineure. Nous avons passé l'heure à discuter. J'ai parlé de mon éventuel retour à l'enseignement, à la tâche qui s'allourdit et des ressources qui s'amenuisent. Je l'ai remerciée de son soutien en orthophonie, surtout dans les conditions actuelles. Contente qu'elle ait mis tant d'énergie pour maximiser les résultats de nos exercices. Elle m'a avoué avoir bien aimé nos rencontres qui terminaient sa semaine, cette impression de "jouer" tout en travaillant. 

Le dossier orthophonie, dans ce qu'il avait à être supervisé, est donc clos. Il me reste encore des exercices à faire et des trucs à utiliser pour continuer de regagner ma souplesse mentale, ma fluidité sémantique. Mais n'est-ce pas un travail constant?

Les trois premiers mois sont derrière moi. Mais devant, encore pas mal de chemin à parcourir.