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J'ai bien dormi. Peut-être pas un vrai huit heures, mais une meilleure nuit que celle précédant ma biopsie! Au tranquille département d'oncologie, tout bruit est feutré. Réveillée très tôt. Arrivée de ma mère et de mon Amour. Encore une douche au savon médical. Je suis désormais à jeun de nourriture et d'eau. On vient m'installer mes solutés et on pousse ma civière au bloc opératoire.

Il me fallait mes lunettes pour la chirurgie. Pourtant, infirmières et préposés ont tenté de me les enlever! On a fini par les identifier et me les laisser. Grâce à elles, j'ai pu observer toute l'activité dans la grande salle où attendent les patients et où fourmillent infirmières et médecins. Que de gens! À côté de ma civière, un homme se préparait pour une opération au genou. Je le questionne. Il est préoccupé. Je lui dis que je serai éveillée pour mon opération au cerveau. Un peu d'étonnement. Mais pas tant. Chacun a ses propres soucis.

Le personnel médical est, une fois encore, d'une grande gentillesse. On m'explique tout ce qui s'en vient. Je suis de bonne humeur, soucieuse de comprendre, de collaborer de mon mieux. Arrive l'anesthésiste, une jeune médecin souriante, vive. Elle travaille de temps en temps avec ma neurochirurgienne. L’équipe, ma foi, sera composée de jeunes médecins ! Je réaliserai plus tard que c'est elle qui, avec la neuropsychologue, passera le plus de temps en ma compagnie. Ou, du moins, c’est une de celle que je «verrai» le plus durant l’exérèse. Elle m’explique que son rôle consistera à me garder le plus confortable possible et pour cela, je dois lui dire comment je me sens. On m’endormira superficiellement, on m’éveillera ensuite. Maintes fois.

On m’amène enfin en salle d’opération. Une grande salle. J’y suis seule, ou presque. Le personnel arrivera plus tard. Il faut d'abord m’installer, un peu de côté. Je vais passer près de huit heures ainsi, alors on me demande d’être très attentive à mon confort. On fixe ma tête dans un support, on place mon corps qu’on stabilise avec des appuis, on me couvre. Bien sûr, on m’administre un calmant qui me rend très, très relaxe.

L’équipe arrive. On fait la mise en place du matériel. Je dors, durant ce temps. On étend des champs stériles, on monte «la tente» dans laquelle s’installe ma neuropsychologue. Elle a déposé mes lunettes sur une table près d’elle, leur a enlevé une branche car l’appareil qui tient ma tête empêche leur port «normal».

Je n’en ai pas conscience, mais de l’autre côté de la tente ma neurochirurgienne se prépare. Elle est entourée de jeunes résidents, il y a aussi un neurologue présent, devant un ordinateur. Et un autre spécialiste dont le nom m’échappe. Leur rôle est de surveiller que, lorsque Dre Lumière stimule les zones du cerveau avec un courant électrique, je ne convulse pas.

Je vous ai parlé de ce qui serait «croquant et croustillant». C’est lors de l’ouverture de ma tête que tout allait se passer. J’ai bien «senti» le mouvement, je me suis fait « brasser », tout en étant bien tenue par le support. On m’a ouvert la tête, on a mis à nu la partie malade de mon cerveau. Mais fut-ce terrible ? Non. Même en-dessous de ce à quoi je m’attendais. Dès que j’avais mal, je le disais ou grimaçais, et on ajustait la médication. Dre Lumière a gelé les zones sensibles. Le reste, mon anesthésiste y voyait.

Alors ont commencé les tests de langage.

Avec mes lunettes plus ou moins stabilisées dans mon visage, en voyant double (voire triple… les médicaments frappaient dur !) j’ai identifié les dessins vus la veille avec ma neuropsy. J’ai répété les phrases. Parfois, les mots se superposaient. Ensuite, doucement, on me replongeait dans un sommeil provisoire. Puis, je retrouvais ma neuropsy, les fiches. Encore quelques tests, et on me rendormait.

Une seule fois -c’était une image d’un ballon de football américain- je savais le mot, mais je n’ai pu le prononcer. Dre Lumière a dû laisser ces parties de ma tumeur. Ici, on était dans les zones de mon langage. C’est ce qui explique ma «chip».

On a terminé l’opération en discutant, ma neuropsy et moi. Je ne me souviens plus de quoi. Tout ce qu’il fallait, c’est me faire parler. L’opération se terminait. Il approchait 15h30. Dre Lumière me dira plus tard que souvent elle termine ce genre de chirurgie vers 17h. Elle était très contente. Pas de pépin. Pas de mauvaise surprise. Tout a très, très bien été.

90 à 95% de la tumeur a été retiré, évalue ma docteure, qui a aussi pu enlever un vaisseau sanguin qui la préoccupait. Elle me dira ensuite qu’elle l’avait aspiré, venu tout seul dans le Cavitron. Il faisait donc partie de l'oligodendrogliome. 

Pas de lent réveil comateux pour moi, un des avantages de la chirurgie éveillée. Mon anesthésiste est venue me voir dans la salle de réveil. Toujours souriante. J’ignore si elle a eu une autre opération après la grosse que nous venions de passer ensemble, mais je crois que oui, car elle a répondu à une infirmière: "C'est bon, je vais y aller". J’espère que c’était quelque chose de plus simple !

Quant à moi, on m’emmena dans une chambre aux soins intermédiaires. Une chambre semi-privée et c’était le cadet de mes soucis. Le pire était fait.

Maintenant commençait ma convalescence.