Ambulance La Presse

Il y a un mois aujourd'hui je sortais de l'hôpital, après ma crise de convulsions. Les jours, les semaines passent et je me remets de ce grand bouleversement. Mais l'événement m'a fortement ébranlée. Sans compter la médication que je prends et qui affecte mon humeur.

Je suis venue ici, dans un court billet, vous résumer la situation. Or, comme je n'en ai aucun souvenir, je peux difficilement témoigner de ce qui s'est réellement passé. Toutefois, à partir de ce que m'ont raconté mon conjoint et ma mère, je me fais un portrait. Comme un tableau impressionniste de cette soirée du 21 décembre.

C'est toujours difficile de se "comparer". Mon ami Penouille, qui a un oligoastrocytome, m'a raconté comment sa crise de convulsion est survenue. Comment cela a entraîné son transfert en avion de Gaspé à Québec, où il a eu son diagnostic et, toujours inconscient, a fini par être opéré par notre chère Dre Lumière. Donc pour moi, une crise de convulsions, c'était ça. La totale. Se réveiller un mois et demi plus tard, encore en délirium.

Or, il y a d'autres formes, bien moins intenses, de crises. Mon amoureux a un collègue de travail dont la coniointe s'est fait diagnostiquer récemment une tumeur au cerveau. Elle a d'abord eu une crise de convulsions pendant son sommeil. Elle est restée une dizaine de minutes inconsciente avant de se réveiller sans souvenir de ce qui venait de se passer.

Pour ma part, je me suis réveillée à l'hôpital tard en soirée. Une neurologue m'a appris que j'avais fait une crise de convulsions. Je n'avais aucun souvenir, sinon de vagues impressions que je relie aux brefs moments entre les trois grandes crises que j'ai eues. Trois heures s'étaient passées. Peut-être même trois heures trente. Ça, c'était quand j'ai repris conscience. Mais j'allais encore rester hagarde jusqu'au lendemain, où on m'a donné mon congé. Mais cette impression se poursuivrait encore quelques jours, pendant lesquels j'ai dormi l'essentiel du temps. J'ai même de grands pans de mémoire envolés, comme la journée du 24 où les festivités se sont organisées autour de moi sans que j'y participe vraiment. Je venais à la cuisine. Je m'y assoyais. Puis je retournais m'étendre. Ma mère et ma Marraine ont veillé sur moi, et sur la fête. Et mon Amour et mes fils.

Lors de la crise, j'ai d'abord donné un coup à mon amoureux. Il s'est retourné pour voir que j'étais devenue complètement raide. Je n'ai pas "fait le bacon" comme on dit si poètiquement au Québec. Non. Je suis devenue raide comme une momie, les bras repliés. On aurait pu me tenir dans les airs, je serais restée droite. Tous mes muscles étaient convulsés. J'ai mordu ma langue. L'ambulance est arrivée rapidement. Huit minutes après l'appel, selon l'estimé de mon chum et de ma copine chez qui nous fêtions le solstice. Elle m'a accompagnée dans l'ambulance. C'est drôle (sans l'être) mais mon amie vient de commencer son cours en médecine. Je lui ai donné l'occasion de mettre en pratique ses réflexes! J'ai fait une seconde crise en route dans l'ambulance. J'ai vomi et uriné dans mes vêtements. J'ignore quand j'ai fait la troisième crise. Encore dans l'ambulance ou rendu à l'hôpital? Mystère.

Mon sang est devenu acide. Il a fallu qu'on me médicamente. J'ai reçu de l'Ativan et du Dilantin. Peut-être autre chose. Pour m'injecter tout ça, le personnel médical a eu un petit défi avec mes veines. On m'a passé une échographie des bras. J'ai fini pleine de bleus. Mon amoureux m'a aussi dit que ma respiration s'est ralentie. Beaucoup ralentie. Mais tout cela était normal dans les circonstances. C'est le corps qui tente de se nettoyer de ce que les muscles ont rejeté de toxines.

Il y a un mois, le corps broyé par l'explosion électrique de mon cerveau, je rentrais chez moi.

Et si j'ai perdu pied, si j'ai erré quelque temps dans des eaux dépressives, je relève la tête.

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Image: La Presse.