Violoncelle JGR

Je consulte une psychologue depuis quelques semaines. Je vous l'avais dit, le mois de février a été difficile et certains autour de moi se sont inquiétés pour mon moral, mes idées noires. À mon hôpital en neuro-oncologie, il y a un service d'aide psychologique. Alors j'ai donné un coup de fil, et me voilà "suivie". J'aime beaucoup la jeune psychologue, son grand regard brun, sa patience. Discuter avec elle me permet de faire du ménage dans mon esprit embrouillé.

Pourtant, c'est du côté de la musique que je trouve le plus de paix, ces jours-ci.

Je ne suis pas mélomane. J'écoute peu de musique, appréciant plutôt le silence urbain de ma maison. J'entends passer les heures dans le bruit imperceptible des choses. L'avancée des aiguilles sur l'horloge, l'intensité variable du trafic. Le déplacement doux de mes chats d'une pièce à l'autre, selon l'angle du soleil.

Mais depuis janvier, je me suis remise au violoncelle.

"Remise" est un terme vague qui laisse entrevoir que j'en ai déjà joué. C'est vrai, mais à prendre avec un grain de sel. Oui, je savais jouer, un "savoir" acquis dans ma jeunesse auprès d'une religieuse qui me semblait avoir 100 ans (mais elle est morte récemment à 94 ans, ce qui veut dire qu'à l'époque, elle avait une soixantaine d'années!). J'avais une base, disons cela comme ça. Mais après 30-35 ans? Est-ce que ça compte encore?

L'apprentissage de la musique, du solfège, de la lecture des notes sur une portée, de la rythmique, ça reste.

Je m'en rends compte alors que je réapprivoise mon instrument avec les conseils d'un jeune professeur qui, 45 minutes par semaine, me montre à jouer sans trop de fausses notes.

La musique, c'est un langage. Il y a quelque chose de mathématique en elle, aussi. Mais c'est un moyen pour moi de penser autrement qu'en mots. Je lis les notes, je décode. J'adapte mon tempo. Je revois la position de mes doigts sur les cordes, ou de ma main sur l'archet. Je règle ma respiration, vois au mouvement de mes bras, du glissement régulier de l'archet, de son positionnement sur les cordes. Et cet exercice me détend, m'amène dans un état d'esprit où je cesse d'entendre le marteau-piqueur de mes pensées anxieuses. 

Je ne serai jamais une grande musicienne. Ce n'est pas ce qui compte. 

Non. Ce qui compte, c'est d'entendre s'apaiser mon anxiété dans le chant de mon violoncelle, appuyé contre moi. De laisser vibrer mon coeur avec le sien.