© Naama, Flickr, cc by sa 2.0

Matin humide et brumeux. Course avec mon amoureux au parc du Bois-de-Coulonge. L'odeur mouillée des arbres, de l'herbe. Mes idées qui filent alors que, mi-consciente de mon corps et de mes pensées, je flotte dans un entre-deux rêveur.

Dans l'herbe gorgée d'eau, des écureuils bondissants. Mais aussi des corneilles, noires et jacassantes. Fouillant la terre de leur bec puissant, posant leur regard vif sur les coureurs que nous sommes. Rarement seules, les corneilles. Elles vivent en bande. En groupe familiaux. 

Mon regard s'accroche à l'une d'elle. Blessée, difforme. Dans son cou, des bosses. Je cours. Je pense à la corneille. J'en glisse un mot à mon amoureux. Que lui est-il arrivé? Une morsure d'animal? Une bataille, un coup de bec rageur d'une rivale? Une infection... une maladie. Un cancer, même.

Je fais un tour. Revois les oiseaux. Un autre tour, le clan s'est déplacé, mais je le distingue, car la corneille blessée est bien visible, avec ses comparses. Elles sont quatre. L'automne vient. L'une d'elle ne passera probalement pas l'hiver.

Je refais un tour. Les minutes s'égrennent. Je cours. Dans mes pensées. J'ai un peu de peine pour cette corneille au cou meurtri. Mais c'est la vie. Triste, injuste. Tranchante. Cruelle.

Belle, aussi. 

Il y a le clan. Il y a la solidarité. Tant qu'elles le pourront, les corneilles saines veilleront sur leur soeur malade. Prolongeant sans doute sa vie. Sa simple vie de corneille.

Sur le chemin du retour, vers la maison, l'image du cou bosselé de l'oiseau m'est entrée dans le coeur. J'ai ravalé mes larmes, la gorge serrée. Parce que l'image, soudainement, se superposais en moi. Je suis une corneille malade. 

Et c'est mon clan qui veille sur moi.

Mais l'automne approche. Et je ne sais pas si je passerai l'hiver.