Soleil en tête

07 février 2016

1 an...

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Hier, cela a fait un an que j'ai eu ma craniotomie éveillée. Tout s'était très bien déroulé. Environ 90% de ma tumeur avait été retirée. Après quelques contrecoups, un petit retour à l'hôpital, j'ai repris du mieux.

J'ai continué à lire, à écrire (très peu), j'ai peint une toile, été au théâtre.

J'ai passé un assez bon été, fait du hamac. Puis à partir du mois d'août, jusqu'en octobre, nous avons fait faire de grosses rénovations sur la maison. J'ai repris l'enseignement à mi-temps.

Quand est arrivé décembre, mes notes remises, mon rendez-vous de suivi chez ma neurochirurgienne, j'étais fatiguée, mais contente. J'avais de beaux projets pour la période des fêtes.

J'avais l'impression que tout allait de mieux en mieux, même si je devais encore ménager mes énergies.

Et il y a eu le 21 décembre.

Alors le bilan que je tire de cette première année est fort mitigé. Mon moral, je vous l'avoue, est au tapis. Je me bats, sachez-le, pour "arroser les fleurs, pas les mauvaises herbes", mais c'est bien plus facile à dire qu'à faire. Au jour le jour, tout est à recommencer.

Au moins, quand il fait soleil, comme aujourd'hui, mon moral se redresse. Un peu.

Février est difficile. 

Je me sens lourde et inutile. Toujours fatiguée, le corps douloureux. Je me réveille déjà aux prises avec le mal de dos et de cou. La médication ravage tout ce qui me restait de patience (j'avais d'ailleurs cessé de prendre du Keppra, à tort, pour cette raison). Mes déplacements sont réduits puisque je ne peux plus conduire. 

Il y a mes chats, au moins. Et mes proches, bien sûr. Mais ils ont leurs limites. Je les pousse dans les cordes, leur propre patience s'amenuise, et je me culpabilise.

Les chats, eux, restent les mêmes. 

Hier soir, éprouvés par mon humeur maussade, nous avons fini par nous choisir un film. Inside out (Sens dessus dessous) de Pixar, que nous n'avions pas encore vu. 

Franchement, c'est très bon. J'ai passé un moment rigolo, et tristounet, aussi. Le film met en scène le fonctionnement du cerveau d'une jeune fille. Il explique ainsi ludiquement ce qui peut être ardu à comprendre. Ça m'a fait du bien.

Pixar - SENS DESSUS DESSOUS - vf de INSIDE OUT - Doublé au QC - HD

 

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22 janvier 2016

Trois heures

Ambulance La Presse

Il y a un mois aujourd'hui je sortais de l'hôpital, après ma crise de convulsions. Les jours, les semaines passent et je me remets de ce grand bouleversement. Mais l'événement m'a fortement ébranlée. Sans compter la médication que je prends et qui affecte mon humeur.

Je suis venue ici, dans un court billet, vous résumer la situation. Or, comme je n'en ai aucun souvenir, je peux difficilement témoigner de ce qui s'est réellement passé. Toutefois, à partir de ce que m'ont raconté mon conjoint et ma mère, je me fais un portrait. Comme un tableau impressionniste de cette soirée du 21 décembre.

C'est toujours difficile de se "comparer". Mon ami Penouille, qui a un oligoastrocytome, m'a raconté comment sa crise de convulsion est survenue. Comment cela a entraîné son transfert en avion de Gaspé à Québec, où il a eu son diagnostic et, toujours inconscient, a fini par être opéré par notre chère Dre Lumière. Donc pour moi, une crise de convulsions, c'était ça. La totale. Se réveiller un mois et demi plus tard, encore en délirium.

Or, il y a d'autres formes, bien moins intenses, de crises. Mon amoureux a un collègue de travail dont la coniointe s'est fait diagnostiquer récemment une tumeur au cerveau. Elle a d'abord eu une crise de convulsions pendant son sommeil. Elle est restée une dizaine de minutes inconsciente avant de se réveiller sans souvenir de ce qui venait de se passer.

Pour ma part, je me suis réveillée à l'hôpital tard en soirée. Une neurologue m'a appris que j'avais fait une crise de convulsions. Je n'avais aucun souvenir, sinon de vagues impressions que je relie aux brefs moments entre les trois grandes crises que j'ai eues. Trois heures s'étaient passées. Peut-être même trois heures trente. Ça, c'était quand j'ai repris conscience. Mais j'allais encore rester hagarde jusqu'au lendemain, où on m'a donné mon congé. Mais cette impression se poursuivrait encore quelques jours, pendant lesquels j'ai dormi l'essentiel du temps. J'ai même de grands pans de mémoire envolés, comme la journée du 24 où les festivités se sont organisées autour de moi sans que j'y participe vraiment. Je venais à la cuisine. Je m'y assoyais. Puis je retournais m'étendre. Ma mère et ma Marraine ont veillé sur moi, et sur la fête. Et mon Amour et mes fils.

Lors de la crise, j'ai d'abord donné un coup à mon amoureux. Il s'est retourné pour voir que j'étais devenue complètement raide. Je n'ai pas "fait le bacon" comme on dit si poètiquement au Québec. Non. Je suis devenue raide comme une momie, les bras repliés. On aurait pu me tenir dans les airs, je serais restée droite. Tous mes muscles étaient convulsés. J'ai mordu ma langue. L'ambulance est arrivée rapidement. Huit minutes après l'appel, selon l'estimé de mon chum et de ma copine chez qui nous fêtions le solstice. Elle m'a accompagnée dans l'ambulance. C'est drôle (sans l'être) mais mon amie vient de commencer son cours en médecine. Je lui ai donné l'occasion de mettre en pratique ses réflexes! J'ai fait une seconde crise en route dans l'ambulance. J'ai vomi et uriné dans mes vêtements. J'ignore quand j'ai fait la troisième crise. Encore dans l'ambulance ou rendu à l'hôpital? Mystère.

Mon sang est devenu acide. Il a fallu qu'on me médicamente. J'ai reçu de l'Ativan et du Dilantin. Peut-être autre chose. Pour m'injecter tout ça, le personnel médical a eu un petit défi avec mes veines. On m'a passé une échographie des bras. J'ai fini pleine de bleus. Mon amoureux m'a aussi dit que ma respiration s'est ralentie. Beaucoup ralentie. Mais tout cela était normal dans les circonstances. C'est le corps qui tente de se nettoyer de ce que les muscles ont rejeté de toxines.

Il y a un mois, le corps broyé par l'explosion électrique de mon cerveau, je rentrais chez moi.

Et si j'ai perdu pied, si j'ai erré quelque temps dans des eaux dépressives, je relève la tête.

**

Image: La Presse.

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02 janvier 2016

Fête de la Lumière

Lampions Rome

2016 est entamée. Je vous la souhaite pleine d'espoir. De joie. De ces moments de lumière qui brillent dans nos yeux d'êtres humains. Malgré la peur et la haine. Malgré l'incompréhension. Tentons de jouer le meilleur rôle possible, à notre hauteur. N'attendons pas que le changement vienne d'ailleurs que de nous-mêmes. Soyons patients. Sachons rire. Soyons bons. Et généreux.

Le 18 décembre, je suis venue vous donner des nouvelles. Bien contente de mon rendez-vous avec ma Dre Lumière. Et pleine déjà de résolutions, malgré le fait que j'allais rester à temps partiel au travail. Je vous disais justement avoir décidé de revenir écrire davantage sur ce blogue...

Juste avant d'être terrassée par une crise de convulsions.

C'était le 21 décembre au soir, alors que nous étions chez une amie qui avait organisé un potluck du solstice. Une fête de la lumière, pour se rassembler et souligner le retour progressif du jour, après la plus longue nuit. À un moment donné, j'ai perdu la carte. Et lorsque je suis revenue à moi, j'étais à l'hôpital, à l'urgence. Il y avait mon Amour et ma mère. J'étais complètement ahurie. Je n'avais (je n'en ai toujours pas!) de souvenir d'avoir fait une crise (trois crises, en fait). J'avais mal. Je me suis broyée la langue. On m'avait démoli les veines, je suis tombée. Me suis fait des bleus. J'ai vomi. J'ai dormi, agitée. Je me remets, maintenant, de cet événement.

Je n'avais jamais eu de crise de convulsions avant. Pas d'épilepsie. J'avais cessé de prendre mes anticonvulsivants depuis quelques mois, ce qui, d'après ce que je comprends, m'a rendue vulnérable. Maintenant, je n'ai plus le droit de conduire ma voiture pour trois mois. Je prends à nouveau des anticonvulsivants. Pour toujours.

Bref, je digère les changements. Je vais m'adapter, apprivoiser ces nouveaux paradigmes dans ma vie.

Mais voici les derniers changements.

***

Image: Lampions photographiés en 2011, à Rome.

 

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18 décembre 2015

De retour!

Retour

Me voici, me voici!

Je sais, je suis disparue longuement des ondes. J'étais restée active sur Facebook, mais accessible seulement à mes amis et connaissances. Pour mes lecteurs virtuels, ça vous a fait un long moment sans écho. J'en suis désolée! Au moins, je vais bien. (Sachez que si quelque chose tournait mal, des gens près de moi vous en avertiraient, c'est promis!)

Ma session m'a pris beaucoup, beaucoup d'énergie. Mais quel plaisir de retrouver ma classe et des étudiants allumés! Ça vaut bien la fatigue! 

Hier, j'allais rencontrer ma neurochirurgienne, ma Dre Lumière qui était de retour de son stage d'observation en France. Elle a beaucoup aimé cette expérience qui lui a aussi permis de se reposer. Mais elle n'a rien "touché". Hier, cependant, elle était fort occupée avec son retour à l'hôpital, donc notre rencontre fut brève, voire expéditive, surtout avec mon certificat médical à compléter.

En ce qui me concerne, mon IRM du 1er décembre est tout à fait stable. Ma "chip" demeure inchangée. Toutefois, avec la fatigue que je ressens, le besoin que j'aie de me reposer souvent, la concentration qui me demande aussi beaucoup d'énergie, nous avons choisi de me garder à mi-temps pour la session d'hiver. Je donnerai deux cours de méthodologie, matière dont je vous ai déjà parlé. Normalement, tout devrait bien aller.

Je vous avoue que je travaillerai fort pour venir ici de temps en temps. J'ai de la difficulté à écrire, et ce, même si ce n'est pas pour être lue. Je n'écris presque PAS depuis les derniers mois. Donc à travers mes résolutions de nouvel an, je mets en priorité la reconquête de l'écriture!

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04 septembre 2015

Brève histoire du progrès

Brève histoire progrès

Voici un excellent livre que j’ai dévoré ces derniers jours, après en avoir entendu parler par Normand Baillargeon: Brève histoire du progrès, par Ronald Wright. Les thèmes touchaient à mon enseignement, et je voulais en discuter avec mes étudiants. Qu’est-ce que le progrès ? Où nous mène-t-il ? Comment les civilisations anciennes sont-elles disparues et qu’avons-nous à apprendre d’elles ? Et nous, en tant qu'Occidentaux d'aujourd'hui, comment voyons-nous l’avenir, dans cette lorgnette ?

Je réfléchissais à tout cela, l’autre soir, lors de ma résonance magnétique. Le progrès, dont je suis redevable. Couchée dans une machine de pointe valant quelques millions de dollars, sondant l’activité au fond de ma caboche.

Le progrès, parfois, c’est lorsque rien ne change.

Et c’est justement mon cas.

Je voyais mardi une collègue de Dre Lumière, qui m’annonçait que l’IRM était absolument semblable à celle faite en juin. Je reste encore suivie aux trois mois, et ce pendant un an.

Et le progrès, c’est aussi recommencer à faire ce que l’on faisait avant.

Comme enseigner.

Un retour progressif, justement.

Deux cours que j’aime, Égypte des pharaons et Civilisations de l'Antiquité. Des étudiants éveillés, dynamiques.

Que demander de mieux ?

Eh bien, je vous avoue que je dois faire beaucoup d’efforts pour garder espoir, pourtant. Pas pour moi. Mais pour l’humanité. Secouée, malmenée. Aux prises avec ses contradictions.

Rien de nouveau, pourtant. Qui connaît l’Histoire sait que nous assistons à une grande crise. Or, nous apprenons fort mal et répétons nos erreurs.

Quand j’ai questionné mes étudiants de Civilisations de l’Antiquité sur la raison pour laquelle il était intéressant de s’arrêter à l’histoire des civilisations disparues, ils m’ont dit qu’il fallait comprendre hier pour saisir la réalité d’aujourd’hui. Et quelqu’un a levé la main pour ajouter : « Et demain ».

Car quel sera notre avenir, « demain » ? Que pouvons-nous changer ? Que pouvons-nous faire ?

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06 août 2015

6 mois

Mobby Dick

Me voilà à la mi-année, après une opération qui a changé la perspective de ma vie.

Et le temps file. Toujours à une vitesse qui semble excessive, alors qu’en réalité chaque minute, chaque heure offre le même potentiel à tous. Comment expliquer que mes journées se passent si vite, que je n’arrive pas à réaliser mes projets, atteindre mes buts ?

Bah.

J’ai regardé filer le mois de juillet. Mon ado était à la maison, je tenais à ce qu’il occupe son temps pour éviter de se laisser dévorer par l’aimant de l’écran d’ordinateur, de la télévision ou de son iPod. Mes exigences : lecture d’un classique de la littérature. Il a choisi Mobby Dick. Or, l’y mettre ou l’y repousser a demandé de la patience… et finalement, du détachement. À travers cela, un peu de travail de décapage des boiseries, le traintrain normal de la maison… et un séjour en Gaspésie chez mes amis.

J’ai lu. Passant moi aussi à travers des classiques dormant dans ma bibliothèque, comme les Frères Karamazov de Dostoïevsky, Cent ans de solitude de Garcia Marquez et j’ai terminé mardi le Docteur Jivago de Pasternak.

Et le mois d’août s’est pointé, avec l’anniversaire de mon Amour et le départ de mon ado pour deux semaines de camp.

Maintenant, le retour au travail se pointe. Le 17 août, c’est la rentrée officielle des profs. Je donnerai deux cours cet automne, car je suis en retour progressif. Les cours débutent le vendredi 21. La grève gronde… Et nous sommes tombés en élections fédérales.

Car la vie continue, avec ses combats, ses moments heureux. Les hauts faits et les mauvais pas.

Vagues d’une mer sans fin.

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06 juillet 2015

5 mois: ma chirurgie éveillée

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J'ai bien dormi. Peut-être pas un vrai huit heures, mais une meilleure nuit que celle précédant ma biopsie! Au tranquille département d'oncologie, tout bruit est feutré. Réveillée très tôt. Arrivée de ma mère et de mon Amour. Encore une douche au savon médical. Je suis désormais à jeun de nourriture et d'eau. On vient m'installer mes solutés et on pousse ma civière au bloc opératoire.

Il me fallait mes lunettes pour la chirurgie. Pourtant, infirmières et préposés ont tenté de me les enlever! On a fini par les identifier et me les laisser. Grâce à elles, j'ai pu observer toute l'activité dans la grande salle où attendent les patients et où fourmillent infirmières et médecins. Que de gens! À côté de ma civière, un homme se préparait pour une opération au genou. Je le questionne. Il est préoccupé. Je lui dis que je serai éveillée pour mon opération au cerveau. Un peu d'étonnement. Mais pas tant. Chacun a ses propres soucis.

Le personnel médical est, une fois encore, d'une grande gentillesse. On m'explique tout ce qui s'en vient. Je suis de bonne humeur, soucieuse de comprendre, de collaborer de mon mieux. Arrive l'anesthésiste, une jeune médecin souriante, vive. Elle travaille de temps en temps avec ma neurochirurgienne. L’équipe, ma foi, sera composée de jeunes médecins ! Je réaliserai plus tard que c'est elle qui, avec la neuropsychologue, passera le plus de temps en ma compagnie. Ou, du moins, c’est une de celle que je «verrai» le plus durant l’exérèse. Elle m’explique que son rôle consistera à me garder le plus confortable possible et pour cela, je dois lui dire comment je me sens. On m’endormira superficiellement, on m’éveillera ensuite. Maintes fois.

On m’amène enfin en salle d’opération. Une grande salle. J’y suis seule, ou presque. Le personnel arrivera plus tard. Il faut d'abord m’installer, un peu de côté. Je vais passer près de huit heures ainsi, alors on me demande d’être très attentive à mon confort. On fixe ma tête dans un support, on place mon corps qu’on stabilise avec des appuis, on me couvre. Bien sûr, on m’administre un calmant qui me rend très, très relaxe.

L’équipe arrive. On fait la mise en place du matériel. Je dors, durant ce temps. On étend des champs stériles, on monte «la tente» dans laquelle s’installe ma neuropsychologue. Elle a déposé mes lunettes sur une table près d’elle, leur a enlevé une branche car l’appareil qui tient ma tête empêche leur port «normal».

Je n’en ai pas conscience, mais de l’autre côté de la tente ma neurochirurgienne se prépare. Elle est entourée de jeunes résidents, il y a aussi un neurologue présent, devant un ordinateur. Et un autre spécialiste dont le nom m’échappe. Leur rôle est de surveiller que, lorsque Dre Lumière stimule les zones du cerveau avec un courant électrique, je ne convulse pas.

Je vous ai parlé de ce qui serait «croquant et croustillant». C’est lors de l’ouverture de ma tête que tout allait se passer. J’ai bien «senti» le mouvement, je me suis fait « brasser », tout en étant bien tenue par le support. On m’a ouvert la tête, on a mis à nu la partie malade de mon cerveau. Mais fut-ce terrible ? Non. Même en-dessous de ce à quoi je m’attendais. Dès que j’avais mal, je le disais ou grimaçais, et on ajustait la médication. Dre Lumière a gelé les zones sensibles. Le reste, mon anesthésiste y voyait.

Alors ont commencé les tests de langage.

Avec mes lunettes plus ou moins stabilisées dans mon visage, en voyant double (voire triple… les médicaments frappaient dur !) j’ai identifié les dessins vus la veille avec ma neuropsy. J’ai répété les phrases. Parfois, les mots se superposaient. Ensuite, doucement, on me replongeait dans un sommeil provisoire. Puis, je retrouvais ma neuropsy, les fiches. Encore quelques tests, et on me rendormait.

Une seule fois -c’était une image d’un ballon de football américain- je savais le mot, mais je n’ai pu le prononcer. Dre Lumière a dû laisser ces parties de ma tumeur. Ici, on était dans les zones de mon langage. C’est ce qui explique ma «chip».

On a terminé l’opération en discutant, ma neuropsy et moi. Je ne me souviens plus de quoi. Tout ce qu’il fallait, c’est me faire parler. L’opération se terminait. Il approchait 15h30. Dre Lumière me dira plus tard que souvent elle termine ce genre de chirurgie vers 17h. Elle était très contente. Pas de pépin. Pas de mauvaise surprise. Tout a très, très bien été.

90 à 95% de la tumeur a été retiré, évalue ma docteure, qui a aussi pu enlever un vaisseau sanguin qui la préoccupait. Elle me dira ensuite qu’elle l’avait aspiré, venu tout seul dans le Cavitron. Il faisait donc partie de l'oligodendrogliome. 

Pas de lent réveil comateux pour moi, un des avantages de la chirurgie éveillée. Mon anesthésiste est venue me voir dans la salle de réveil. Toujours souriante. J’ignore si elle a eu une autre opération après la grosse que nous venions de passer ensemble, mais je crois que oui, car elle a répondu à une infirmière: "C'est bon, je vais y aller". J’espère que c’était quelque chose de plus simple !

Quant à moi, on m’emmena dans une chambre aux soins intermédiaires. Une chambre semi-privée et c’était le cadet de mes soucis. Le pire était fait.

Maintenant commençait ma convalescence. 

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05 juillet 2015

5 mois

Départ 5 fév

Il y a cinq mois, je quittais la maison.

C'était prévu, bien sûr. J'étais préparée mentalement, croyais-je. Or, j'avais accumulé, avec les années, une charge impressionnante de stress. Pas un stress soutenu, mais une tension intérieure permanente, tissée intimement avec mon air d'aller quotidien. Devenue une part de ma personnalité. Presque oubliée, tant elle était devenue naturelle. 

J'avais fait mes bagages. J'étais accompagnée de mon conjoint, de ma mère et mon père. Les enfants viendraient plus tard me rendre visite à l'hôpital. Je quittais la maison. Mes chats. Devant moi, demain, la chirurgie.

Depuis hier, ou avant-hier, l'appréhension m'a quittée. Je ne me projète plus, je n'ai pas d'idée de ce qui m'attend. Je suis là. Présente. Attentive. Collaborative. Je ne peux plus rien faire, je ne contrôle rien. Mais si je veux entrevoir un avenir meilleur, je dois être opérée. Et ce sera demain.

Je quitte la maison.

J'ignore si j'y rentrerai. Ou du moins, dans quel état j'y reviendrai. 

J'ignore si je serai la même.

"Je savoure chaque moment ici, avec mes proches, comme des bénédictions. Et je ne regrette rien, si jamais tout devait se refermer sur moi. J'ai tellement eu d'amour, j'ai tellement aimé la vie. J'espère avoir donné aussi", écrivais-je le 4 février.

J'ignore s'il est courant qu'on ait à faire le point de sa vie, qu'on ait à tirer une ligne, tracer un bilan. J'étais dans cet état d'esprit, hypervigilente, tout en lâchant prise.

Je demande qu'on parte tôt. Mon père conduit. Je veux d'abord voir le Vieux-Québec et le fleuve. Je veux m'en imprègner, regarder ces paysages de tous mes yeux, de toute mon âme. Je veux remplir ma tête et mon coeur de ce que j'ai tant aimé.

Avant l'hôpital. 

Avant le grand saut.

**

À mon arrivée à l'hôpital, je rencontre ma neuropsychologue. Il s'agit d'une répétition générale de la journée de demain, alors que nous serons ensemble sous la "petite tente". Nous préparons les tests que j'aurai à passer. Pas de "surprise", ici. Il faut que je sois capable d'identifier les dessins. Hésitation? On élimine la fiche. L'important, c'est que chaque exercice soit simple, clair. Il y a les dessins, mais je dois lire des phrases, dont certaines qui n'ont pas de sens. Il y en a où un mot manque, et que je dois remplacer.

Lorsque je quitte le bureau et retourne à l'accueil, on me dit qu'une chambre est prête pour moi. Une chambre privée. 

Les gens sont d'une extrême gentillesse. On m'a mise en oncologie. Tout est tranquille. Les infirmières portent un masque et des gants pour me soigner. Une dame passe me faire un électrocardiogramme. Plus tard, j'irai passer une courte IRM et un taco. Je soupe. Une anecdote survient qui me fera rire (je vous en reparlerai). Les enfants arrivent plus tard. On prend des selfies. Ma neurochirurgienne, Dre Lumière, passe me voir à son tour. Elle dit que demain sera une grosse journée pour moi. Moi, j'espère qu'elle dormira bien, car elle aussi passera une grosse journée.

Hopital 5 fév

Enfin, on m'envoie me doucher avec un savon spécial et laver mes cheveux. Je grelotte dans la douche, j'essaie de faire vite. Maman m'accompagne, ma vieille "nurse" avec ses réflexes de mère et d'infirmière. Je ne crois pas qu'on puisse être entre meilleures mains.

On me donne un calmant pour dormir. Je dois être à jeun à partir de minuit. J'ai quelques grignotines, un yogourt, des biscuits. Et l'eau devra cesser à cinq heures demain matin.

Ma mère et Yanick partent à leur tour.

Seule, je prends quelques notes, j'écoute la musique que mon Amour a enregistrée sur mon iPod. Attack of the tumor, a-t-il nommé la liste.

Oui, demain sera une grosse, grosse journée.

 

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28 juin 2015

Des nouvelles de ma "chip"

chip

La semaine dernière, je voyais ma neurochirurgienne pour un suivi. En dehors de la rencontre d'avril avec mon ami Penouille, je ne l'avais vue qu'en mars, dans la foulée de mes (petits) ennuis post-opératoires.

Quand je suis entrée dans son bureau, elle observait un cliché de mon dernier IRM. Un gros rond blanc.

Pratiquement la même grosseur que ma tumeur pré-opératoire.

J'ai eu un court instant de dépit. Une vague d'abattement, pas très loin de ce que j'ai ressenti quand j'ai fait ma rechute en 2012

- C'est ma tumeur?

- Oui, mais là... Dre Lumière a fait "rouler" les clichés d'un coup de souris à l'écran. C'est seulement ce qui reste. C'est très mince."

Alors j'ai compris qu'il s'agissait là d'une vue du "dessus" de la tumeur. Comme si, de haut, on prenait une photo d'une chip, d'un biscuit. (J'aimais bien l'idée du biscuit, mais c'est trop épais pour se comparer avec ce qui reste de mon oligo, alors allons-y pour la chip.) Quand on se place de côté, on réalise que c'est une simple couche, quelques millimètres, tout au plus.

Il ne reste presque rien de la prune. Et surtout, surtout!, il n'y a aucun changement. Rien, rien a bougé dans les cellules restantes. Surtout quand on se souvient que c'est la partie centrale de l'oligo qui s'était rehaussé lors de la rechute. La zone problématique a été aspirée lors de la chirurgie. Ouste le méchant. 

Tout est stable. Immobile. Silencieux.

Ouf.

Alors maintenant, j'observe l'immobilité de ma "chip". En la souhaitant longue. Loooooonnnngueeee.

Et puis je voulais cesser le médicament anticonvulsivant que je prenais depuis l'opération. Elle m'a prescrit une semaine à moitié dose, puis l'arrêt (j'ai maintenant arrêté le Keppra). Elle ne voulait pas me l'arrêter, d'habitude, on continue par prudence. Surtout s'il n'y a pas d'effets secondaires.)

- Des effets secondaires? Lesquels? 

- De l'irritabilité, par exemple. Coup d'oeil à mon chum... Ah!

- Oui, j'ai des effets secondaires et surtout, je n'ai jamais eu de convulsions.

Bon.

- Et quoi d'autre, docteure? Prête pour votre voyage?

Discussion à propos de ses préparatifs pour l'obtention d'un visa. Pas facile d'organiser une virée d'observation en chirurgie en France quand on est médecin spécialiste. Ça "n'existe" pas, ce genre de projet. Alors ça pose plein de pépins inattendus. 

Et mon retour au travail?

Ah... Le retour au travail. Il faut y penser, han? En tout cas, j'ai hâte. Même si je sais que ce sera toute une réadaptation. Mais ce sera l'objet d'un autre billet!

Sinon, je revois en septembre sa collègue et amie. Je devrais être entre bonnes mains en attendant son retour, en décembre.

 

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16 juin 2015

Dégât d'eau

seau eau rouge

Ah, l'imprévu...

On descend au sous-sol en soirée, avec l'idée de regarder un épisode de notre série du moment. Verre de vin à la main, fatigués. Et nos yeux tombent sur une grande coulisse d'eau, imbibée dans des affiches roulées dans un coin. Posées en attente contre la bibliothèque.

Moi: "Tiens? C'est quoi, ça? Il y a eu de l'eau?" Mon chum s'approche. Met les mains sur le dessus de la bibliothèque. Il y a de l'eau en effet. De l'eau accumulée, et imprégnée dans le bois pressé du meuble et dans les centaines de cartes Magic des garçons, rangées là. On allume les lumières. On déplace les meubles. On inspecte le plafond. Je monte chercher mes parents qui descendent voir ce qui se passe. On appelle les assurances... et la soirée calme a pris un tour diamétralement opposé.

Un dégât d'eau. 

Vivre dans une vieille maison, c'est aussi faire face à ce genre de tracas. Vieux tuyaux. Du neuf rabouté dans le vieux. Les soudures de plomb vert de gris. Le plombier, trouvant la source du problème, a défoncé sans le vouloir le tuyau fuyant. Vite. On ferme l'entrée d'eau. On répare. On change le vétuste. On remet du neuf. Du neuf en plastique... on enlève le cuivre pour mettre le nouveau "pex". En se disant intérieurement que ça ne vaudra pas ce qu'on enlève. 

Depuis les derniers jours, je suis dans les travaux de réparation. Et un peu dans le deuil, car beaucoup de ce qui a été brisé ne sera pas remplacé. Ces vieilles affiches que nous gardions "en attendant" de leur trouver un endroit où les accrocher. Eh bien elles se sont ratatinées. Collées les unes aux autres. Soudées. Impossible de dérouler la plupart d'entre elles qui se déchirent dans nos tentatives infructueuses. Et les garçons, inspectant les cartes mouillées, ont trouvé plusieurs "rares" qui ne valent plus rien. Il faut se dire que ce n'était que du matériel. Mais quand même.

Nous avons un nouveau plancher. Nous rachèterons une autre bibliothèque. Le ménage sera fait dans les jours qui viennent. 

Mais moi, je trouve ça difficile. L'imprévu, ce désordre qui se rajoute à ce qui était "prévu", les rénovations entamées sur la structure extérieure. 

Au moins, c'est un moment où on apprécie les avantages de la copropriété-bi-génération. Ne pas être seuls à affronter tout l'embarras, les assurances, les travailleurs qui vont et viennent. On en rit, aussi.

Bah. Un peu.

Juste assez pour ne pas déprimer totalement.

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