Soleil en tête

07 décembre 2016

Trois heures avec Marguerite

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Marguerite, c'est une femme atteinte aussi d'une tumeur cérébrale avec qui je corresponds depuis quelques années. Opérée trois fois. Radiothérapie, chimio. Diagnostiquée jeune, à 20 ans. Et qui fêtera sous peu (avec surprise, comme nous le sommes tous de vieillir malgré les sombres prédictions!) son 41e anniversaire. Elle est Française et c'est par courriel que nous avions toujours communiqué. 

Or, il y a quelques temps, elle est venue visiter son frère qui vit à Montréal. Quatre jours. Elle m'a écrit. J'ai regardé mon agenda. Décidé que l'aller-retour n'était pas impossible. Et suis allée discuter un "gros" trois heures dans un café rue Van Horne, un lundi de première neige.

Ce fut une rencontre charmante, et suréaliste. Que nous dire? Comment cerner l'essentiel en ces brefs moments?

Marguerite, pour moi, c'est quelqu'un qui m'a grandement aidée quand j'ai commencé à me préparer à mon opération éveillée. Elle ne le réalisait pas, je crois. Mais elle m'a longuement écrit (malgré son horaire de femme d'affaires surchargée), pour me décrire l'opération où elle m'avouait avoir eu très mal. Elle m'a envoyé une photo d'elle sur la civière, juste avant la craniotomie. Cette photo rendait "visible" ce qui m'attendait aussi. J'ai du mal à l'expliquer, mais ça m'a aidée.

En discutant avec elle, je lui ai rappelé cette photo. Et je lui ai montré sur mon cellulaire les quelques clichés pris lors de ma propre opération. Elle a été émue de voir ça. Mon cerveau, mais surtout ma chirurgienne, en pleine action. Et moi, assoupie, sous la "tente" avec ma neuropsychologue.

Trois heures. Ça passe comme un souffle. Comme ce vent sur les rues enneigées de Montréal. Marguerite a eu cette réflexion, à propos de nos situations, nos tumeurs traitées comme des maladies chroniques: elle nous compare aux porteurs du VIH, à partir des années 90. Comme si nous étions maintenant entre deux mondes. 

Nous nous souhaitons de nous revoir un jour. En forme, bien sûr. Résilientes. 

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Source de l'image: Pinterest, Linda sur son blog http://www.itallstartedwithpaint.com/painted-mason-jars-spring/

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28 novembre 2016

Anniverzen (s)

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10 ans! Que de choses à fêter!

Le 1er août 2006, je débutais la mise en ligne de ce blog, peu après avoir eu l'annonce de l'avancée de la tumeur dans mon cerveau. Le diagnostic était tombé bien avant, en 2001-2002, mais rien n'avait encore été fait. C'est en 2006, avec un nouveau neurochirurgien, que l'histoire allait débuter "pour vrai". Du moins, c'est à partir de là que j'allais réaliser l'ampleur de cette réalité qui sera mienne jusqu'à la toute fin.

Des années se sont passées depuis. J'ai vécu une première chimiothérapie. Puis une autre. J'ai changé encore de médecin, rencontrant ma merveilleuse Docteure Lumière. Et j'ai été opérée, éveillée. J'ai guéri. Suis retournée travailler. Puis j'ai fait une grave crise d'épilepsie en décembre passé. La lumière a faibli quelque temps. Quelques mois... Mais en cet automne qui donne la main à l'hiver, ma santé s'est stabilisée. Et je vois revenir le temps de rentrer à plein temps pour la session d'hiver 2017.

Il y a quelques jours, donc, je fêtais mon 43e anniversaire. Après un an de convalescence, puis une autre année à me remettre de ma crise, j'ai décidé que cette 43e année serait exceptionnelle. Pleine de projets (réalisables!) et de repos (eh oui...).

Avec le temps, ces dix années en ces lieux virtuels, j'ai vu autour de moi des blogueurs-collègues-amis être aussi touchés par la maladie. Certains sont décédés. D'autres luttent encore. Je compte les années. "Mes" années. Me sachant mortelle. Qu'il y a 15 ans qu'on sait que j'ai une tumeur au cerveau. Qu'elle a été en partie retirée, mais qu'elle est encore là, cette "chip". Toujours active. Et je ne sais si je compterai encore beaucoup de chandelles sur mes gâteaux d'anniversaire. Alors me revoilà à faire mes listes... avec en tête l'idée de réaliser le plus de projets "importants" pour moi. 

Et vous savez sans doute qu'il y a là-dedans l'écriture, et l'enseignement.

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14 novembre 2016

La mangeoire

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Donnez, et vous recevrez.

C'est cela qu'il faudrait comprendre au lieu du "Demandez et vous recevrez". Moi, je trouve que c'est en donnant qu'on reçoit le plus. Et ces semaines-ci, je médite ce dicton. Chaque jour, plusieurs fois. Au rythme des heures qui passent, du soleil changeant, de la lumière qui raccourcit.

À la fin de l'été, mon ami Penouille,venu faire un tour à Québec pour ses tests et son rendez-vous chez notre Dre Lumière, m'a offert un cadeau: une mangeoire pour les oiseaux. Souvent, il m'envoyait des photos des visiteurs de ses mangeoires autour de sa maison gaspésienne. Il m'encourageait à en installer une, moi aussi. Puis, il s'est tanné. Et m'en a offert une. Avec un sac de graines de tournesol noir, les plus populaires auprès des oiseaux québécois. 

Ma mère n'était pas enthousiaste à l'idée de me voir installer la mangeoire dans notre cour. "Ça va attirer les écureuils. En plus, ça salit..." Bah! On n'utilise pas notre cour bien souvent. Et des écureuils, il y en a toujours un peu. En attachant la mangeoire sur la corde à linge, on évite les visiteurs à fourrure (du moins, on évite qu'ils ne viennent se bourrer la face directement!). Ils doivent se contenter de manger par terre ce qui tombe, dans le va-et-vient du passage des oiseaux.

Mais quel plaisir que d'observer l'activité générée par la présence de la mangeoire!

Tellement que dans les jours qui ont suivi cette nouveauté dans ma vie, j'en ai longuement parlé avec ma psychologue aux grands yeux, puisque je passe de longues minutes, des heures en bout de ligne, à observer cette petite faune par la fenêtre de ma chambre.

Des oiseaux, il y en a plein. Je les entends chanter, l'été. Je les observe de mon hamac, passant entre les branches des arbres, perché un moment sur la clôture ou venant s'abreuver à la fontaine du jardin. Ils vont et viennent sans s'arrêter. Or, maintenant que la mangeoire est là, ils s'attroupent. Se posent parfois longuement. Et me donnent, ainsi, l'occasion d'observer avec attention leur vie.

En ville, on croit parfois qu'il n'y a pas de vie animale. Qu'un ou deux chats errants et quelques écureuils. Or, même en plein coeur du brouhaha urbain, c'est avec ébahissement que je vois se poser à la mangeoire les cardinaux (dont plusieurs juvéniles, cet été), les mésanges si vives, de rares geais bleus (ils sont peu attirés par le tournesol), des roselins, des chardonnerets (je crois qu'ils ont quitté pour l'hiver), de petits pics (sitelles à potrine blanche) et ceux que j'appelle "ma gang de bruns", soit tous ceux qui ne se distinguent pas facilement, car tous à peu près semblables, pour l'oeil non expérimenté (comme l'est encore le mien) qui n'arrive pas encore à faire la différence entre toutes les sortes de bruants et un moineau.

J'apprends donc à remarquer les différences. Les comportements, les heures de fréquentation. J'essaie d'arriver à distinguer les couleurs qui varient, les formes des ailes, des becs. J'ai fait quelques recherches, en suis arrivée à en identifier quelques-uns (dont les sitelles, que je prenais jusqu'à tout à l'heure pour un "pic bleu"). J'arrive de mieux en mieux à distinguer les femelles (les roselins, par exemple, sont presque bruns pour les femelles, mais les mâles sont rougeâtres). Et quand un groupe de quiscals bronzés nous a fait une peur digne de Hitchcock, j'ai pu trouver le nom de ce que j'appelais jusqu'alors "ménates", et appris, aussi, qu'ils sont peureux et que s'ils viennent vider la mangeoire, c'est ponctuel. Quant aux écureuils, il y en a quelques sortes. Les gros gris, quelques noirs. Les petits roux, très vocaux et les tamias rayés. 

Ma mère s'est vite rendu compte du plaisir que nous avions à observer toute cette faune sous nos fenêtres!

C'est donc devenu un hobby, cette observation constante de la vie qui bat, attroupée autour d'une mangeoire de tournesol au coeur de la ville.

Et mon ami Penouille vient de me faire connaître un site que je suggère à tous les ornithologues amateurs: Initiation aux oiseaux du Québec par la couleur (http://www.oiseauxparlacouleur.com). 

Sinon, un article intéressant, avec des suggestions d'applications à installer sur votre téléphone: http://plus.lapresse.ca/screens/7defe662-135c-4d58-a0c6-c5a322ad9a4f%7C_0.html

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La photo de cardinal provient du site http://www.oiseauxparlacouleur.com

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28 septembre 2016

Chez le psy... chiatre

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Alors, alors?

Je ne suis pas partie bien loin, même si je n'ai pas donné de nouvelles cet été. Maintenant, l'équinoxe est passé. L'automne entamé, enfin. C'est ma saison favorite, et 2016 semble encore me donner raison. Disons que l'été fut un de mes pires. Je me réjouis de le voir s'éloigner.

Il y a eu une rencontre avec ma neurochirurgienne dont je ne vous ai pas parlée. Et plusieurs rendez-vous avec ma psy aux grands yeux pensifs. Deux épisodes de "crises" que je n'ai pas documentés non plus... et qui m'ont menée, hier, dans le bureau d'un nouveau spécialiste: un neuropsychiatre.

J'avais dû augmenter ma dose de Keppra, car selon ma neurochirurgienne, même si je n'ai pas perdu conscience lors des crises (que je décrivais plutôt comme des "crises de nerfs") ça pouvait ressembler à de l'épilepsie. Je suis donc passée de 500mg deux fois par jour à 750mg matin et soir. Et contrairement à ce que je croyais, le Keppra n'a pas empiré mon humeur (déjà chambranlante), mais ça m'a stabilisée. Comme si le courant électrique passait mieux dans mon cerveau. Je reste plus calme (avec mon ado, notamment). J'ai les idées claires, une bonne concentration. Une (relativement) bonne mémoire. Bref, je suis finalement contente du résultat. 

Cependant, j'avais été référée en neuropsychiatrie (et aussi en neurologie, un dossier en attente). Hier, je voyais mon jeune neuropsychiatre, un rendez-vous assez long (une heure trente). Il m'a interrogée sur mes antécédents, ma famille, ma santé. Il a lu les observations de ma psychologue, et nous avons discuté de mon humeur, de mes "crises". Nous avons parlé de mes problèmes d'attention que j'ai toujours assez bien maitrisés (même si ça devient plus chaotique ces derniers mois). Et qu'une médication contre le TDA pourrait abaisser mon taux de sensibilité à l'épilepsie. Donc on gardera ça comme ça. Ce qui ressort surtout, c'est que je suis une grande anxieuse. Et c'est cette anxiété que je dois apprendre à gérer. Or, dans des moments de pression (périodes de corrections, rechutes de la tumeur, etc.) ça devient difficile. Il a revu mes doses de médicaments, proposé des changements. Et nous nous revoyons dans trois mois pour faire le point.

J'ai beaucoup aimé l'approche très professionnelle de ce médecin. On a discuté aussi d'écriture et de publication, en comparant les revues scientifiques et l'édition de fiction. Il y a certainement des rapprochements!

La première chose qui m'a frappée en entrant dans le bureau, c'est la présence d'un joli tapis. En plein hôpital, c'était surprenant. Mon psychiatre m'a dit essayer de faire de son bureau un endroit chaleureux. Pas si mal, non? 

Sur ce, je vous reviens sous peu. J'ai pris du retard et j'aimerais me rattrapper. Ce serait dommage que je ne vous parle pas de mes groupes d'étudiants pétillants, ou de mes 10 ans comme blogueuse!

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21 juin 2016

L'autre solstice

Stonehenge

Voici arrivé l’été, après un difficile hiver. Noir et désespéré. Puis un printemps de plus en plus ensoleillé, ponctué de violoncelle

J’ai voulu écrire ici souvent ces dernières semaines. Mais l’inspiration n’arrive pas jusqu’à me pousser au bout d’un billet. Quelques débuts de textes sont ainsi restés inachevés. Celui, notamment, sur la fin de mon « quart » de session… vécu avec 100% de pression.

J’ai survécu. Suis passée à travers la correction, qui m’a pris un temps fou. Parfois, découragée, je me remettais à envisager la session d’automne, alors que j’aurai le double de travail devant moi. La pile de travaux, deux fois plus longue… Puis, je me reprenais. Réentendais les conseils de ma psychologue. Ne pas me projeter dans l’avenir. Ne pas retomber dans l’anxiété. Contrôler mes pensées.

Une chose à la fois.

Hier, j’ai levé mon verre à ce nouveau solstice, en compagnie de mon amoureux pour qui les derniers mois ont exigé patience et abnégation. Et mon ado, qui me malmène mais que j’aime tellement. Et qui me le rend bien, malgré tout. Et mon Grand, jamais très loin.

Une demi-année. Un autre solstice.

Je continue mon suivi avec ma psychologue, au département de neuro-oncologie. Elle m’apporte un soutien extérieur, professionnel. Des outils à développer et à apprendre à utiliser pour redevenir autonome et ne plus avoir envie de me laisser couler sous la glace du fleuve comme en février.

Dans quelques jours, nous partons sur les routes américaines, en famille. De belles villes sur notre horaire. Beaucoup de marche, des musées, des paysages. Notre ami Jean au bout du chemin, en Caroline du Sud. De la chaleur à prévoir, mais ce n’est qu’un détail quand elle se mêle à la bonne humeur et l’amitié !

Bon été à tous !

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21 mars 2016

Coeur de violoncelle

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Je consulte une psychologue depuis quelques semaines. Je vous l'avais dit, le mois de février a été difficile et certains autour de moi se sont inquiétés pour mon moral, mes idées noires. À mon hôpital en neuro-oncologie, il y a un service d'aide psychologique. Alors j'ai donné un coup de fil, et me voilà "suivie". J'aime beaucoup la jeune psychologue, son grand regard brun, sa patience. Discuter avec elle me permet de faire du ménage dans mon esprit embrouillé.

Pourtant, c'est du côté de la musique que je trouve le plus de paix, ces jours-ci.

Je ne suis pas mélomane. J'écoute peu de musique, appréciant plutôt le silence urbain de ma maison. J'entends passer les heures dans le bruit imperceptible des choses. L'avancée des aiguilles sur l'horloge, l'intensité variable du trafic. Le déplacement doux de mes chats d'une pièce à l'autre, selon l'angle du soleil.

Mais depuis janvier, je me suis remise au violoncelle.

"Remise" est un terme vague qui laisse entrevoir que j'en ai déjà joué. C'est vrai, mais à prendre avec un grain de sel. Oui, je savais jouer, un "savoir" acquis dans ma jeunesse auprès d'une religieuse qui me semblait avoir 100 ans (mais elle est morte récemment à 94 ans, ce qui veut dire qu'à l'époque, elle avait une soixantaine d'années!). J'avais une base, disons cela comme ça. Mais après 30-35 ans? Est-ce que ça compte encore?

L'apprentissage de la musique, du solfège, de la lecture des notes sur une portée, de la rythmique, ça reste.

Je m'en rends compte alors que je réapprivoise mon instrument avec les conseils d'un jeune professeur qui, 45 minutes par semaine, me montre à jouer sans trop de fausses notes.

La musique, c'est un langage. Il y a quelque chose de mathématique en elle, aussi. Mais c'est un moyen pour moi de penser autrement qu'en mots. Je lis les notes, je décode. J'adapte mon tempo. Je revois la position de mes doigts sur les cordes, ou de ma main sur l'archet. Je règle ma respiration, vois au mouvement de mes bras, du glissement régulier de l'archet, de son positionnement sur les cordes. Et cet exercice me détend, m'amène dans un état d'esprit où je cesse d'entendre le marteau-piqueur de mes pensées anxieuses. 

Je ne serai jamais une grande musicienne. Ce n'est pas ce qui compte. 

Non. Ce qui compte, c'est d'entendre s'apaiser mon anxiété dans le chant de mon violoncelle, appuyé contre moi. De laisser vibrer mon coeur avec le sien.

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22 février 2016

Une recette sans secret

Charme discret intestin

J'ai pensé longtemps à vous parler de "ma" recette. Je m'étais dit que j'intitulerais ce billet "Ma recette secrète" ou quelque chose du genre. Or, ce n'est pas "ma" recette. C'est celle de mon grand ami Jean qui l'a donnée à mes parents. Mais lui-même la tenait d'une de ses amies. Et sur la copie à la main qu'il nous a faite, il y a la mention du nom d'une Mme Bourig, de Suisse.

Bref. Ce n'est pas "ma" recette. Et elle n'est pas "secrète". Mais ça marche, ça, je peux vous le dire.

Oh! Et tant qu'à être dans les "recettes secrètes", il faut que je vous parle de quelque chose.

Vous le savez sans doute, je reçois, dans ma boîte de courriels liée à ce blogue, des messages provenant de divers lecteurs. La plupart sont des gens qui vivent aussi avec une problématique de tumeur cérébrale ou qui ont un conjoint ou un membre de leur famille touché par la maladie. Mais parfois, je reçois des messages de gens (malades ou non) qui prétendent avoir un moyen, LE moyen, de vaincre la maladie. Ça a marché pour eux, pour leurs amis, connaissances, alouette! donc ça fonctionnera pour moi aussi. Oh! Et tant qu'à avoir un blogue, il faudrait que je vous en parle.

Ces "recettes" sont toujours présentées comme exceptionnelles. Uniques, miraculeuses. Ne pas vouloir les essayer, c'est, vous l'aurez compris, se priver, se punir, se damner pour l'éternité. Passer à côté de la "liberté" de la santé retrouvée. On me parle de divers produits "naturels". Parfois, ce sont des médecins qui ont créé un traitement miracle. 

Personnellement, je n'ai pas beaucoup d'ouverture. J'essaie de rester réceptive, mais prudemment. Je n'ai rien contre la prière, la méditation, un certain "art de vivre". Mais je suis le genre à me tourner vers mon moteur de recherche et à vérifier l'authenticité de ce qu'on me présente. J'ai essayé un bon moment l'Immunocal, que mon ancien oncologue appelait "mon petit lait". Mais j'ai abandonné. Il m'en reste deux ou trois boîtes, d'ailleurs. Et le site internet du produit... ne répond plus. L'important, en fait, c'est que ça m'a aidée. Est-ce que ça fonctionnait? Mystère.

Le problème, c'est que tous ces produits miracles, non-reconnus par la médecine (évidemment), coûtent cher.

Moi, des histoires dont les antécédents sont flous et où il faut verser des montants importants à des inconnus... eh bien, j'ai un doute. M'enfin. Vous faites comme vous voulez.

Alors voilà la recette. Il s'agit d'un mélange de graines qu'on prend le matin, comme petit-déjeuner.

Pour ma part, j'en mange un bol chaque matin depuis mon opération. Et je vous le jure, ça a changé ma vie. Du moins, tout ce qui touche ma "vie intérieure". 

D'abord, sachez qu'il faut mettre la même quantité (poids) de chacune des céréales suivantes. On mélange le tout dans un grand contenant. Chaque matin, on prend 1/4 de tasse du mélange. On le moud (j'utilise un moulin à café). J'y ajoute 3 cuillères à soupe de chia, j'ébouillante le tout (environ 1/3 tasse d'eau), j'y mets une banane écrasée et je termine en arrosant de lait d'amandes. C'est gris-brun et un peu tristounet (mon chum y ajoute un peu de sirop d'érable). Ça nourrit, ça donne toutes les fibres nécessaires. Plus de couic-couic de ventre durant la journée. Un petit miracle.

Le mélange:

- graines de tournesol

- sarrasin

- orge

- avoine (en grain, pas en flocons)

- lin

- sésame

- millet

- graines de citrouille

  Et du chia (qu'on ajoute après)

Ma mère, elle, recouvre tout ça d'une montagne de fruits (framboises, mûres, raisins). Moi, la banane me va.

Ah! Et tant qu'à être dans le domaine de la "vie intérieure", je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre Le charme discret de l'intestin. Drôle et intéressant. On comprend pourquoi on parle maintenant de l'intestin comme du deuxième cerveau. C'est écrit par une gastroenthérologue, Giulia Enders, et sa soeur graphiste illustre avec humour ce discret sujet.

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07 février 2016

1 an...

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Hier, cela a fait un an que j'ai eu ma craniotomie éveillée. Tout s'était très bien déroulé. Environ 90% de ma tumeur avait été retirée. Après quelques contrecoups, un petit retour à l'hôpital, j'ai repris du mieux.

J'ai continué à lire, à écrire (très peu), j'ai peint une toile, été au théâtre.

J'ai passé un assez bon été, fait du hamac. Puis à partir du mois d'août, jusqu'en octobre, nous avons fait faire de grosses rénovations sur la maison. J'ai repris l'enseignement à mi-temps.

Quand est arrivé décembre, mes notes remises, mon rendez-vous de suivi chez ma neurochirurgienne, j'étais fatiguée, mais contente. J'avais de beaux projets pour la période des fêtes.

J'avais l'impression que tout allait de mieux en mieux, même si je devais encore ménager mes énergies.

Et il y a eu le 21 décembre.

Alors le bilan que je tire de cette première année est fort mitigé. Mon moral, je vous l'avoue, est au tapis. Je me bats, sachez-le, pour "arroser les fleurs, pas les mauvaises herbes", mais c'est bien plus facile à dire qu'à faire. Au jour le jour, tout est à recommencer.

Au moins, quand il fait soleil, comme aujourd'hui, mon moral se redresse. Un peu.

Février est difficile. 

Je me sens lourde et inutile. Toujours fatiguée, le corps douloureux. Je me réveille déjà aux prises avec le mal de dos et de cou. La médication ravage tout ce qui me restait de patience (j'avais d'ailleurs cessé de prendre du Keppra, à tort, pour cette raison). Mes déplacements sont réduits puisque je ne peux plus conduire. 

Il y a mes chats, au moins. Et mes proches, bien sûr. Mais ils ont leurs limites. Je les pousse dans les cordes, leur propre patience s'amenuise, et je me culpabilise.

Les chats, eux, restent les mêmes. 

Hier soir, éprouvés par mon humeur maussade, nous avons fini par nous choisir un film. Inside out (Sens dessus dessous) de Pixar, que nous n'avions pas encore vu. 

Franchement, c'est très bon. J'ai passé un moment rigolo, et tristounet, aussi. Le film met en scène le fonctionnement du cerveau d'une jeune fille. Il explique ainsi ludiquement ce qui peut être ardu à comprendre. Ça m'a fait du bien.

Pixar - SENS DESSUS DESSOUS - vf de INSIDE OUT - Doublé au QC - HD

 

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22 janvier 2016

Trois heures

Ambulance La Presse

Il y a un mois aujourd'hui je sortais de l'hôpital, après ma crise de convulsions. Les jours, les semaines passent et je me remets de ce grand bouleversement. Mais l'événement m'a fortement ébranlée. Sans compter la médication que je prends et qui affecte mon humeur.

Je suis venue ici, dans un court billet, vous résumer la situation. Or, comme je n'en ai aucun souvenir, je peux difficilement témoigner de ce qui s'est réellement passé. Toutefois, à partir de ce que m'ont raconté mon conjoint et ma mère, je me fais un portrait. Comme un tableau impressionniste de cette soirée du 21 décembre.

C'est toujours difficile de se "comparer". Mon ami Penouille, qui a un oligoastrocytome, m'a raconté comment sa crise de convulsion est survenue. Comment cela a entraîné son transfert en avion de Gaspé à Québec, où il a eu son diagnostic et, toujours inconscient, a fini par être opéré par notre chère Dre Lumière. Donc pour moi, une crise de convulsions, c'était ça. La totale. Se réveiller un mois et demi plus tard, encore en délirium.

Or, il y a d'autres formes, bien moins intenses, de crises. Mon amoureux a un collègue de travail dont la coniointe s'est fait diagnostiquer récemment une tumeur au cerveau. Elle a d'abord eu une crise de convulsions pendant son sommeil. Elle est restée une dizaine de minutes inconsciente avant de se réveiller sans souvenir de ce qui venait de se passer.

Pour ma part, je me suis réveillée à l'hôpital tard en soirée. Une neurologue m'a appris que j'avais fait une crise de convulsions. Je n'avais aucun souvenir, sinon de vagues impressions que je relie aux brefs moments entre les trois grandes crises que j'ai eues. Trois heures s'étaient passées. Peut-être même trois heures trente. Ça, c'était quand j'ai repris conscience. Mais j'allais encore rester hagarde jusqu'au lendemain, où on m'a donné mon congé. Mais cette impression se poursuivrait encore quelques jours, pendant lesquels j'ai dormi l'essentiel du temps. J'ai même de grands pans de mémoire envolés, comme la journée du 24 où les festivités se sont organisées autour de moi sans que j'y participe vraiment. Je venais à la cuisine. Je m'y assoyais. Puis je retournais m'étendre. Ma mère et ma Marraine ont veillé sur moi, et sur la fête. Et mon Amour et mes fils.

Lors de la crise, j'ai d'abord donné un coup à mon amoureux. Il s'est retourné pour voir que j'étais devenue complètement raide. Je n'ai pas "fait le bacon" comme on dit si poètiquement au Québec. Non. Je suis devenue raide comme une momie, les bras repliés. On aurait pu me tenir dans les airs, je serais restée droite. Tous mes muscles étaient convulsés. J'ai mordu ma langue. L'ambulance est arrivée rapidement. Huit minutes après l'appel, selon l'estimé de mon chum et de ma copine chez qui nous fêtions le solstice. Elle m'a accompagnée dans l'ambulance. C'est drôle (sans l'être) mais mon amie vient de commencer son cours en médecine. Je lui ai donné l'occasion de mettre en pratique ses réflexes! J'ai fait une seconde crise en route dans l'ambulance. J'ai vomi et uriné dans mes vêtements. J'ignore quand j'ai fait la troisième crise. Encore dans l'ambulance ou rendu à l'hôpital? Mystère.

Mon sang est devenu acide. Il a fallu qu'on me médicamente. J'ai reçu de l'Ativan et du Dilantin. Peut-être autre chose. Pour m'injecter tout ça, le personnel médical a eu un petit défi avec mes veines. On m'a passé une échographie des bras. J'ai fini pleine de bleus. Mon amoureux m'a aussi dit que ma respiration s'est ralentie. Beaucoup ralentie. Mais tout cela était normal dans les circonstances. C'est le corps qui tente de se nettoyer de ce que les muscles ont rejeté de toxines.

Il y a un mois, le corps broyé par l'explosion électrique de mon cerveau, je rentrais chez moi.

Et si j'ai perdu pied, si j'ai erré quelque temps dans des eaux dépressives, je relève la tête.

**

Image: La Presse.

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02 janvier 2016

Fête de la Lumière

Lampions Rome

2016 est entamée. Je vous la souhaite pleine d'espoir. De joie. De ces moments de lumière qui brillent dans nos yeux d'êtres humains. Malgré la peur et la haine. Malgré l'incompréhension. Tentons de jouer le meilleur rôle possible, à notre hauteur. N'attendons pas que le changement vienne d'ailleurs que de nous-mêmes. Soyons patients. Sachons rire. Soyons bons. Et généreux.

Le 18 décembre, je suis venue vous donner des nouvelles. Bien contente de mon rendez-vous avec ma Dre Lumière. Et pleine déjà de résolutions, malgré le fait que j'allais rester à temps partiel au travail. Je vous disais justement avoir décidé de revenir écrire davantage sur ce blogue...

Juste avant d'être terrassée par une crise de convulsions.

C'était le 21 décembre au soir, alors que nous étions chez une amie qui avait organisé un potluck du solstice. Une fête de la lumière, pour se rassembler et souligner le retour progressif du jour, après la plus longue nuit. À un moment donné, j'ai perdu la carte. Et lorsque je suis revenue à moi, j'étais à l'hôpital, à l'urgence. Il y avait mon Amour et ma mère. J'étais complètement ahurie. Je n'avais (je n'en ai toujours pas!) de souvenir d'avoir fait une crise (trois crises, en fait). J'avais mal. Je me suis broyée la langue. On m'avait démoli les veines, je suis tombée. Me suis fait des bleus. J'ai vomi. J'ai dormi, agitée. Je me remets, maintenant, de cet événement.

Je n'avais jamais eu de crise de convulsions avant. Pas d'épilepsie. J'avais cessé de prendre mes anticonvulsivants depuis quelques mois, ce qui, d'après ce que je comprends, m'a rendue vulnérable. Maintenant, je n'ai plus le droit de conduire ma voiture pour trois mois. Je prends à nouveau des anticonvulsivants. Pour toujours.

Bref, je digère les changements. Je vais m'adapter, apprivoiser ces nouveaux paradigmes dans ma vie.

Mais voici les derniers changements.

***

Image: Lampions photographiés en 2011, à Rome.

 

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