Soleil en tête

21 juin 2016

L'autre solstice

Stonehenge

Voici arrivé l’été, après un difficile hiver. Noir et désespéré. Puis un printemps de plus en plus ensoleillé, ponctué de violoncelle

J’ai voulu écrire ici souvent ces dernières semaines. Mais l’inspiration n’arrive pas jusqu’à me pousser au bout d’un billet. Quelques débuts de textes sont ainsi restés inachevés. Celui, notamment, sur la fin de mon « quart » de session… vécu avec 100% de pression.

J’ai survécu. Suis passée à travers la correction, qui m’a pris un temps fou. Parfois, découragée, je me remettais à envisager la session d’automne, alors que j’aurai le double de travail devant moi. La pile de travaux, deux fois plus longue… Puis, je me reprenais. Réentendais les conseils de ma psychologue. Ne pas me projeter dans l’avenir. Ne pas retomber dans l’anxiété. Contrôler mes pensées.

Une chose à la fois.

Hier, j’ai levé mon verre à ce nouveau solstice, en compagnie de mon amoureux pour qui les derniers mois ont exigé patience et abnégation. Et mon ado, qui me malmène mais que j’aime tellement. Et qui me le rend bien, malgré tout. Et mon Grand, jamais très loin.

Une demi-année. Un autre solstice.

Je continue mon suivi avec ma psychologue, au département de neuro-oncologie. Elle m’apporte un soutien extérieur, professionnel. Des outils à développer et à apprendre à utiliser pour redevenir autonome et ne plus avoir envie de me laisser couler sous la glace du fleuve comme en février.

Dans quelques jours, nous partons sur les routes américaines, en famille. De belles villes sur notre horaire. Beaucoup de marche, des musées, des paysages. Notre ami Jean au bout du chemin, en Caroline du Sud. De la chaleur à prévoir, mais ce n’est qu’un détail quand elle se mêle à la bonne humeur et l’amitié !

Bon été à tous !

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21 mars 2016

Coeur de violoncelle

Violoncelle JGR

Je consulte une psychologue depuis quelques semaines. Je vous l'avais dit, le mois de février a été difficile et certains autour de moi se sont inquiétés pour mon moral, mes idées noires. À mon hôpital en neuro-oncologie, il y a un service d'aide psychologique. Alors j'ai donné un coup de fil, et me voilà "suivie". J'aime beaucoup la jeune psychologue, son grand regard brun, sa patience. Discuter avec elle me permet de faire du ménage dans mon esprit embrouillé.

Pourtant, c'est du côté de la musique que je trouve le plus de paix, ces jours-ci.

Je ne suis pas mélomane. J'écoute peu de musique, appréciant plutôt le silence urbain de ma maison. J'entends passer les heures dans le bruit imperceptible des choses. L'avancée des aiguilles sur l'horloge, l'intensité variable du trafic. Le déplacement doux de mes chats d'une pièce à l'autre, selon l'angle du soleil.

Mais depuis janvier, je me suis remise au violoncelle.

"Remise" est un terme vague qui laisse entrevoir que j'en ai déjà joué. C'est vrai, mais à prendre avec un grain de sel. Oui, je savais jouer, un "savoir" acquis dans ma jeunesse auprès d'une religieuse qui me semblait avoir 100 ans (mais elle est morte récemment à 94 ans, ce qui veut dire qu'à l'époque, elle avait une soixantaine d'années!). J'avais une base, disons cela comme ça. Mais après 30-35 ans? Est-ce que ça compte encore?

L'apprentissage de la musique, du solfège, de la lecture des notes sur une portée, de la rythmique, ça reste.

Je m'en rends compte alors que je réapprivoise mon instrument avec les conseils d'un jeune professeur qui, 45 minutes par semaine, me montre à jouer sans trop de fausses notes.

La musique, c'est un langage. Il y a quelque chose de mathématique en elle, aussi. Mais c'est un moyen pour moi de penser autrement qu'en mots. Je lis les notes, je décode. J'adapte mon tempo. Je revois la position de mes doigts sur les cordes, ou de ma main sur l'archet. Je règle ma respiration, vois au mouvement de mes bras, du glissement régulier de l'archet, de son positionnement sur les cordes. Et cet exercice me détend, m'amène dans un état d'esprit où je cesse d'entendre le marteau-piqueur de mes pensées anxieuses. 

Je ne serai jamais une grande musicienne. Ce n'est pas ce qui compte. 

Non. Ce qui compte, c'est d'entendre s'apaiser mon anxiété dans le chant de mon violoncelle, appuyé contre moi. De laisser vibrer mon coeur avec le sien.

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22 février 2016

Une recette sans secret

Charme discret intestin

J'ai pensé longtemps à vous parler de "ma" recette. Je m'étais dit que j'intitulerais ce billet "Ma recette secrète" ou quelque chose du genre. Or, ce n'est pas "ma" recette. C'est celle de mon grand ami Jean qui l'a donnée à mes parents. Mais lui-même la tenait d'une de ses amies. Et sur la copie à la main qu'il nous a faite, il y a la mention du nom d'une Mme Bourig, de Suisse.

Bref. Ce n'est pas "ma" recette. Et elle n'est pas "secrète". Mais ça marche, ça, je peux vous le dire.

Oh! Et tant qu'à être dans les "recettes secrètes", il faut que je vous parle de quelque chose.

Vous le savez sans doute, je reçois, dans ma boîte de courriels liée à ce blogue, des messages provenant de divers lecteurs. La plupart sont des gens qui vivent aussi avec une problématique de tumeur cérébrale ou qui ont un conjoint ou un membre de leur famille touché par la maladie. Mais parfois, je reçois des messages de gens (malades ou non) qui prétendent avoir un moyen, LE moyen, de vaincre la maladie. Ça a marché pour eux, pour leurs amis, connaissances, alouette! donc ça fonctionnera pour moi aussi. Oh! Et tant qu'à avoir un blogue, il faudrait que je vous en parle.

Ces "recettes" sont toujours présentées comme exceptionnelles. Uniques, miraculeuses. Ne pas vouloir les essayer, c'est, vous l'aurez compris, se priver, se punir, se damner pour l'éternité. Passer à côté de la "liberté" de la santé retrouvée. On me parle de divers produits "naturels". Parfois, ce sont des médecins qui ont créé un traitement miracle. 

Personnellement, je n'ai pas beaucoup d'ouverture. J'essaie de rester réceptive, mais prudemment. Je n'ai rien contre la prière, la méditation, un certain "art de vivre". Mais je suis le genre à me tourner vers mon moteur de recherche et à vérifier l'authenticité de ce qu'on me présente. J'ai essayé un bon moment l'Immunocal, que mon ancien oncologue appelait "mon petit lait". Mais j'ai abandonné. Il m'en reste deux ou trois boîtes, d'ailleurs. Et le site internet du produit... ne répond plus. L'important, en fait, c'est que ça m'a aidée. Est-ce que ça fonctionnait? Mystère.

Le problème, c'est que tous ces produits miracles, non-reconnus par la médecine (évidemment), coûtent cher.

Moi, des histoires dont les antécédents sont flous et où il faut verser des montants importants à des inconnus... eh bien, j'ai un doute. M'enfin. Vous faites comme vous voulez.

Alors voilà la recette. Il s'agit d'un mélange de graines qu'on prend le matin, comme petit-déjeuner.

Pour ma part, j'en mange un bol chaque matin depuis mon opération. Et je vous le jure, ça a changé ma vie. Du moins, tout ce qui touche ma "vie intérieure". 

D'abord, sachez qu'il faut mettre la même quantité (poids) de chacune des céréales suivantes. On mélange le tout dans un grand contenant. Chaque matin, on prend 1/4 de tasse du mélange. On le moud (j'utilise un moulin à café). J'y ajoute 3 cuillères à soupe de chia, j'ébouillante le tout (environ 1/3 tasse d'eau), j'y mets une banane écrasée et je termine en arrosant de lait d'amandes. C'est gris-brun et un peu tristounet (mon chum y ajoute un peu de sirop d'érable). Ça nourrit, ça donne toutes les fibres nécessaires. Plus de couic-couic de ventre durant la journée. Un petit miracle.

Le mélange:

- graines de tournesol

- sarrasin

- orge

- avoine (en grain, pas en flocons)

- lin

- sésame

- millet

- graines de citrouille

  Et du chia (qu'on ajoute après)

Ma mère, elle, recouvre tout ça d'une montagne de fruits (framboises, mûres, raisins). Moi, la banane me va.

Ah! Et tant qu'à être dans le domaine de la "vie intérieure", je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre Le charme discret de l'intestin. Drôle et intéressant. On comprend pourquoi on parle maintenant de l'intestin comme du deuxième cerveau. C'est écrit par une gastroenthérologue, Giulia Enders, et sa soeur graphiste illustre avec humour ce discret sujet.

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07 février 2016

1 an...

Inside-Out2-970x545

Hier, cela a fait un an que j'ai eu ma craniotomie éveillée. Tout s'était très bien déroulé. Environ 90% de ma tumeur avait été retirée. Après quelques contrecoups, un petit retour à l'hôpital, j'ai repris du mieux.

J'ai continué à lire, à écrire (très peu), j'ai peint une toile, été au théâtre.

J'ai passé un assez bon été, fait du hamac. Puis à partir du mois d'août, jusqu'en octobre, nous avons fait faire de grosses rénovations sur la maison. J'ai repris l'enseignement à mi-temps.

Quand est arrivé décembre, mes notes remises, mon rendez-vous de suivi chez ma neurochirurgienne, j'étais fatiguée, mais contente. J'avais de beaux projets pour la période des fêtes.

J'avais l'impression que tout allait de mieux en mieux, même si je devais encore ménager mes énergies.

Et il y a eu le 21 décembre.

Alors le bilan que je tire de cette première année est fort mitigé. Mon moral, je vous l'avoue, est au tapis. Je me bats, sachez-le, pour "arroser les fleurs, pas les mauvaises herbes", mais c'est bien plus facile à dire qu'à faire. Au jour le jour, tout est à recommencer.

Au moins, quand il fait soleil, comme aujourd'hui, mon moral se redresse. Un peu.

Février est difficile. 

Je me sens lourde et inutile. Toujours fatiguée, le corps douloureux. Je me réveille déjà aux prises avec le mal de dos et de cou. La médication ravage tout ce qui me restait de patience (j'avais d'ailleurs cessé de prendre du Keppra, à tort, pour cette raison). Mes déplacements sont réduits puisque je ne peux plus conduire. 

Il y a mes chats, au moins. Et mes proches, bien sûr. Mais ils ont leurs limites. Je les pousse dans les cordes, leur propre patience s'amenuise, et je me culpabilise.

Les chats, eux, restent les mêmes. 

Hier soir, éprouvés par mon humeur maussade, nous avons fini par nous choisir un film. Inside out (Sens dessus dessous) de Pixar, que nous n'avions pas encore vu. 

Franchement, c'est très bon. J'ai passé un moment rigolo, et tristounet, aussi. Le film met en scène le fonctionnement du cerveau d'une jeune fille. Il explique ainsi ludiquement ce qui peut être ardu à comprendre. Ça m'a fait du bien.

Pixar - SENS DESSUS DESSOUS - vf de INSIDE OUT - Doublé au QC - HD

 

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22 janvier 2016

Trois heures

Ambulance La Presse

Il y a un mois aujourd'hui je sortais de l'hôpital, après ma crise de convulsions. Les jours, les semaines passent et je me remets de ce grand bouleversement. Mais l'événement m'a fortement ébranlée. Sans compter la médication que je prends et qui affecte mon humeur.

Je suis venue ici, dans un court billet, vous résumer la situation. Or, comme je n'en ai aucun souvenir, je peux difficilement témoigner de ce qui s'est réellement passé. Toutefois, à partir de ce que m'ont raconté mon conjoint et ma mère, je me fais un portrait. Comme un tableau impressionniste de cette soirée du 21 décembre.

C'est toujours difficile de se "comparer". Mon ami Penouille, qui a un oligoastrocytome, m'a raconté comment sa crise de convulsion est survenue. Comment cela a entraîné son transfert en avion de Gaspé à Québec, où il a eu son diagnostic et, toujours inconscient, a fini par être opéré par notre chère Dre Lumière. Donc pour moi, une crise de convulsions, c'était ça. La totale. Se réveiller un mois et demi plus tard, encore en délirium.

Or, il y a d'autres formes, bien moins intenses, de crises. Mon amoureux a un collègue de travail dont la coniointe s'est fait diagnostiquer récemment une tumeur au cerveau. Elle a d'abord eu une crise de convulsions pendant son sommeil. Elle est restée une dizaine de minutes inconsciente avant de se réveiller sans souvenir de ce qui venait de se passer.

Pour ma part, je me suis réveillée à l'hôpital tard en soirée. Une neurologue m'a appris que j'avais fait une crise de convulsions. Je n'avais aucun souvenir, sinon de vagues impressions que je relie aux brefs moments entre les trois grandes crises que j'ai eues. Trois heures s'étaient passées. Peut-être même trois heures trente. Ça, c'était quand j'ai repris conscience. Mais j'allais encore rester hagarde jusqu'au lendemain, où on m'a donné mon congé. Mais cette impression se poursuivrait encore quelques jours, pendant lesquels j'ai dormi l'essentiel du temps. J'ai même de grands pans de mémoire envolés, comme la journée du 24 où les festivités se sont organisées autour de moi sans que j'y participe vraiment. Je venais à la cuisine. Je m'y assoyais. Puis je retournais m'étendre. Ma mère et ma Marraine ont veillé sur moi, et sur la fête. Et mon Amour et mes fils.

Lors de la crise, j'ai d'abord donné un coup à mon amoureux. Il s'est retourné pour voir que j'étais devenue complètement raide. Je n'ai pas "fait le bacon" comme on dit si poètiquement au Québec. Non. Je suis devenue raide comme une momie, les bras repliés. On aurait pu me tenir dans les airs, je serais restée droite. Tous mes muscles étaient convulsés. J'ai mordu ma langue. L'ambulance est arrivée rapidement. Huit minutes après l'appel, selon l'estimé de mon chum et de ma copine chez qui nous fêtions le solstice. Elle m'a accompagnée dans l'ambulance. C'est drôle (sans l'être) mais mon amie vient de commencer son cours en médecine. Je lui ai donné l'occasion de mettre en pratique ses réflexes! J'ai fait une seconde crise en route dans l'ambulance. J'ai vomi et uriné dans mes vêtements. J'ignore quand j'ai fait la troisième crise. Encore dans l'ambulance ou rendu à l'hôpital? Mystère.

Mon sang est devenu acide. Il a fallu qu'on me médicamente. J'ai reçu de l'Ativan et du Dilantin. Peut-être autre chose. Pour m'injecter tout ça, le personnel médical a eu un petit défi avec mes veines. On m'a passé une échographie des bras. J'ai fini pleine de bleus. Mon amoureux m'a aussi dit que ma respiration s'est ralentie. Beaucoup ralentie. Mais tout cela était normal dans les circonstances. C'est le corps qui tente de se nettoyer de ce que les muscles ont rejeté de toxines.

Il y a un mois, le corps broyé par l'explosion électrique de mon cerveau, je rentrais chez moi.

Et si j'ai perdu pied, si j'ai erré quelque temps dans des eaux dépressives, je relève la tête.

**

Image: La Presse.

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02 janvier 2016

Fête de la Lumière

Lampions Rome

2016 est entamée. Je vous la souhaite pleine d'espoir. De joie. De ces moments de lumière qui brillent dans nos yeux d'êtres humains. Malgré la peur et la haine. Malgré l'incompréhension. Tentons de jouer le meilleur rôle possible, à notre hauteur. N'attendons pas que le changement vienne d'ailleurs que de nous-mêmes. Soyons patients. Sachons rire. Soyons bons. Et généreux.

Le 18 décembre, je suis venue vous donner des nouvelles. Bien contente de mon rendez-vous avec ma Dre Lumière. Et pleine déjà de résolutions, malgré le fait que j'allais rester à temps partiel au travail. Je vous disais justement avoir décidé de revenir écrire davantage sur ce blogue...

Juste avant d'être terrassée par une crise de convulsions.

C'était le 21 décembre au soir, alors que nous étions chez une amie qui avait organisé un potluck du solstice. Une fête de la lumière, pour se rassembler et souligner le retour progressif du jour, après la plus longue nuit. À un moment donné, j'ai perdu la carte. Et lorsque je suis revenue à moi, j'étais à l'hôpital, à l'urgence. Il y avait mon Amour et ma mère. J'étais complètement ahurie. Je n'avais (je n'en ai toujours pas!) de souvenir d'avoir fait une crise (trois crises, en fait). J'avais mal. Je me suis broyée la langue. On m'avait démoli les veines, je suis tombée. Me suis fait des bleus. J'ai vomi. J'ai dormi, agitée. Je me remets, maintenant, de cet événement.

Je n'avais jamais eu de crise de convulsions avant. Pas d'épilepsie. J'avais cessé de prendre mes anticonvulsivants depuis quelques mois, ce qui, d'après ce que je comprends, m'a rendue vulnérable. Maintenant, je n'ai plus le droit de conduire ma voiture pour trois mois. Je prends à nouveau des anticonvulsivants. Pour toujours.

Bref, je digère les changements. Je vais m'adapter, apprivoiser ces nouveaux paradigmes dans ma vie.

Mais voici les derniers changements.

***

Image: Lampions photographiés en 2011, à Rome.

 

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18 décembre 2015

De retour!

Retour

Me voici, me voici!

Je sais, je suis disparue longuement des ondes. J'étais restée active sur Facebook, mais accessible seulement à mes amis et connaissances. Pour mes lecteurs virtuels, ça vous a fait un long moment sans écho. J'en suis désolée! Au moins, je vais bien. (Sachez que si quelque chose tournait mal, des gens près de moi vous en avertiraient, c'est promis!)

Ma session m'a pris beaucoup, beaucoup d'énergie. Mais quel plaisir de retrouver ma classe et des étudiants allumés! Ça vaut bien la fatigue! 

Hier, j'allais rencontrer ma neurochirurgienne, ma Dre Lumière qui était de retour de son stage d'observation en France. Elle a beaucoup aimé cette expérience qui lui a aussi permis de se reposer. Mais elle n'a rien "touché". Hier, cependant, elle était fort occupée avec son retour à l'hôpital, donc notre rencontre fut brève, voire expéditive, surtout avec mon certificat médical à compléter.

En ce qui me concerne, mon IRM du 1er décembre est tout à fait stable. Ma "chip" demeure inchangée. Toutefois, avec la fatigue que je ressens, le besoin que j'aie de me reposer souvent, la concentration qui me demande aussi beaucoup d'énergie, nous avons choisi de me garder à mi-temps pour la session d'hiver. Je donnerai deux cours de méthodologie, matière dont je vous ai déjà parlé. Normalement, tout devrait bien aller.

Je vous avoue que je travaillerai fort pour venir ici de temps en temps. J'ai de la difficulté à écrire, et ce, même si ce n'est pas pour être lue. Je n'écris presque PAS depuis les derniers mois. Donc à travers mes résolutions de nouvel an, je mets en priorité la reconquête de l'écriture!

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04 septembre 2015

Brève histoire du progrès

Brève histoire progrès

Voici un excellent livre que j’ai dévoré ces derniers jours, après en avoir entendu parler par Normand Baillargeon: Brève histoire du progrès, par Ronald Wright. Les thèmes touchaient à mon enseignement, et je voulais en discuter avec mes étudiants. Qu’est-ce que le progrès ? Où nous mène-t-il ? Comment les civilisations anciennes sont-elles disparues et qu’avons-nous à apprendre d’elles ? Et nous, en tant qu'Occidentaux d'aujourd'hui, comment voyons-nous l’avenir, dans cette lorgnette ?

Je réfléchissais à tout cela, l’autre soir, lors de ma résonance magnétique. Le progrès, dont je suis redevable. Couchée dans une machine de pointe valant quelques millions de dollars, sondant l’activité au fond de ma caboche.

Le progrès, parfois, c’est lorsque rien ne change.

Et c’est justement mon cas.

Je voyais mardi une collègue de Dre Lumière, qui m’annonçait que l’IRM était absolument semblable à celle faite en juin. Je reste encore suivie aux trois mois, et ce pendant un an.

Et le progrès, c’est aussi recommencer à faire ce que l’on faisait avant.

Comme enseigner.

Un retour progressif, justement.

Deux cours que j’aime, Égypte des pharaons et Civilisations de l'Antiquité. Des étudiants éveillés, dynamiques.

Que demander de mieux ?

Eh bien, je vous avoue que je dois faire beaucoup d’efforts pour garder espoir, pourtant. Pas pour moi. Mais pour l’humanité. Secouée, malmenée. Aux prises avec ses contradictions.

Rien de nouveau, pourtant. Qui connaît l’Histoire sait que nous assistons à une grande crise. Or, nous apprenons fort mal et répétons nos erreurs.

Quand j’ai questionné mes étudiants de Civilisations de l’Antiquité sur la raison pour laquelle il était intéressant de s’arrêter à l’histoire des civilisations disparues, ils m’ont dit qu’il fallait comprendre hier pour saisir la réalité d’aujourd’hui. Et quelqu’un a levé la main pour ajouter : « Et demain ».

Car quel sera notre avenir, « demain » ? Que pouvons-nous changer ? Que pouvons-nous faire ?

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06 août 2015

6 mois

Mobby Dick

Me voilà à la mi-année, après une opération qui a changé la perspective de ma vie.

Et le temps file. Toujours à une vitesse qui semble excessive, alors qu’en réalité chaque minute, chaque heure offre le même potentiel à tous. Comment expliquer que mes journées se passent si vite, que je n’arrive pas à réaliser mes projets, atteindre mes buts ?

Bah.

J’ai regardé filer le mois de juillet. Mon ado était à la maison, je tenais à ce qu’il occupe son temps pour éviter de se laisser dévorer par l’aimant de l’écran d’ordinateur, de la télévision ou de son iPod. Mes exigences : lecture d’un classique de la littérature. Il a choisi Mobby Dick. Or, l’y mettre ou l’y repousser a demandé de la patience… et finalement, du détachement. À travers cela, un peu de travail de décapage des boiseries, le traintrain normal de la maison… et un séjour en Gaspésie chez mes amis.

J’ai lu. Passant moi aussi à travers des classiques dormant dans ma bibliothèque, comme les Frères Karamazov de Dostoïevsky, Cent ans de solitude de Garcia Marquez et j’ai terminé mardi le Docteur Jivago de Pasternak.

Et le mois d’août s’est pointé, avec l’anniversaire de mon Amour et le départ de mon ado pour deux semaines de camp.

Maintenant, le retour au travail se pointe. Le 17 août, c’est la rentrée officielle des profs. Je donnerai deux cours cet automne, car je suis en retour progressif. Les cours débutent le vendredi 21. La grève gronde… Et nous sommes tombés en élections fédérales.

Car la vie continue, avec ses combats, ses moments heureux. Les hauts faits et les mauvais pas.

Vagues d’une mer sans fin.

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06 juillet 2015

5 mois: ma chirurgie éveillée

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J'ai bien dormi. Peut-être pas un vrai huit heures, mais une meilleure nuit que celle précédant ma biopsie! Au tranquille département d'oncologie, tout bruit est feutré. Réveillée très tôt. Arrivée de ma mère et de mon Amour. Encore une douche au savon médical. Je suis désormais à jeun de nourriture et d'eau. On vient m'installer mes solutés et on pousse ma civière au bloc opératoire.

Il me fallait mes lunettes pour la chirurgie. Pourtant, infirmières et préposés ont tenté de me les enlever! On a fini par les identifier et me les laisser. Grâce à elles, j'ai pu observer toute l'activité dans la grande salle où attendent les patients et où fourmillent infirmières et médecins. Que de gens! À côté de ma civière, un homme se préparait pour une opération au genou. Je le questionne. Il est préoccupé. Je lui dis que je serai éveillée pour mon opération au cerveau. Un peu d'étonnement. Mais pas tant. Chacun a ses propres soucis.

Le personnel médical est, une fois encore, d'une grande gentillesse. On m'explique tout ce qui s'en vient. Je suis de bonne humeur, soucieuse de comprendre, de collaborer de mon mieux. Arrive l'anesthésiste, une jeune médecin souriante, vive. Elle travaille de temps en temps avec ma neurochirurgienne. L’équipe, ma foi, sera composée de jeunes médecins ! Je réaliserai plus tard que c'est elle qui, avec la neuropsychologue, passera le plus de temps en ma compagnie. Ou, du moins, c’est une de celle que je «verrai» le plus durant l’exérèse. Elle m’explique que son rôle consistera à me garder le plus confortable possible et pour cela, je dois lui dire comment je me sens. On m’endormira superficiellement, on m’éveillera ensuite. Maintes fois.

On m’amène enfin en salle d’opération. Une grande salle. J’y suis seule, ou presque. Le personnel arrivera plus tard. Il faut d'abord m’installer, un peu de côté. Je vais passer près de huit heures ainsi, alors on me demande d’être très attentive à mon confort. On fixe ma tête dans un support, on place mon corps qu’on stabilise avec des appuis, on me couvre. Bien sûr, on m’administre un calmant qui me rend très, très relaxe.

L’équipe arrive. On fait la mise en place du matériel. Je dors, durant ce temps. On étend des champs stériles, on monte «la tente» dans laquelle s’installe ma neuropsychologue. Elle a déposé mes lunettes sur une table près d’elle, leur a enlevé une branche car l’appareil qui tient ma tête empêche leur port «normal».

Je n’en ai pas conscience, mais de l’autre côté de la tente ma neurochirurgienne se prépare. Elle est entourée de jeunes résidents, il y a aussi un neurologue présent, devant un ordinateur. Et un autre spécialiste dont le nom m’échappe. Leur rôle est de surveiller que, lorsque Dre Lumière stimule les zones du cerveau avec un courant électrique, je ne convulse pas.

Je vous ai parlé de ce qui serait «croquant et croustillant». C’est lors de l’ouverture de ma tête que tout allait se passer. J’ai bien «senti» le mouvement, je me suis fait « brasser », tout en étant bien tenue par le support. On m’a ouvert la tête, on a mis à nu la partie malade de mon cerveau. Mais fut-ce terrible ? Non. Même en-dessous de ce à quoi je m’attendais. Dès que j’avais mal, je le disais ou grimaçais, et on ajustait la médication. Dre Lumière a gelé les zones sensibles. Le reste, mon anesthésiste y voyait.

Alors ont commencé les tests de langage.

Avec mes lunettes plus ou moins stabilisées dans mon visage, en voyant double (voire triple… les médicaments frappaient dur !) j’ai identifié les dessins vus la veille avec ma neuropsy. J’ai répété les phrases. Parfois, les mots se superposaient. Ensuite, doucement, on me replongeait dans un sommeil provisoire. Puis, je retrouvais ma neuropsy, les fiches. Encore quelques tests, et on me rendormait.

Une seule fois -c’était une image d’un ballon de football américain- je savais le mot, mais je n’ai pu le prononcer. Dre Lumière a dû laisser ces parties de ma tumeur. Ici, on était dans les zones de mon langage. C’est ce qui explique ma «chip».

On a terminé l’opération en discutant, ma neuropsy et moi. Je ne me souviens plus de quoi. Tout ce qu’il fallait, c’est me faire parler. L’opération se terminait. Il approchait 15h30. Dre Lumière me dira plus tard que souvent elle termine ce genre de chirurgie vers 17h. Elle était très contente. Pas de pépin. Pas de mauvaise surprise. Tout a très, très bien été.

90 à 95% de la tumeur a été retiré, évalue ma docteure, qui a aussi pu enlever un vaisseau sanguin qui la préoccupait. Elle me dira ensuite qu’elle l’avait aspiré, venu tout seul dans le Cavitron. Il faisait donc partie de l'oligodendrogliome. 

Pas de lent réveil comateux pour moi, un des avantages de la chirurgie éveillée. Mon anesthésiste est venue me voir dans la salle de réveil. Toujours souriante. J’ignore si elle a eu une autre opération après la grosse que nous venions de passer ensemble, mais je crois que oui, car elle a répondu à une infirmière: "C'est bon, je vais y aller". J’espère que c’était quelque chose de plus simple !

Quant à moi, on m’emmena dans une chambre aux soins intermédiaires. Une chambre semi-privée et c’était le cadet de mes soucis. Le pire était fait.

Maintenant commençait ma convalescence. 

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