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Hier, c'était la dernière fois qu'on m'appelait au "Bureau 8", ce lieu où je suis passée par toutes les émotions, au gré des semaines, des mois. Des années.

Oui, bien du temps a passé dans le bureau de mon oncologue depuis notre première rencontre. J'ai eu des hauts et des bas. J'ai eu une longue période de stabilité. J'ai eu une rechute. Il m'a permis néanmoins d'aller à Rome avec mes étudiants. J'ai publié un livre tiré de ce blogue où il a un "rôle". Maintenant, nos routes se séparent.

J'avais beaucoup d'appréhension à l'idée de ce dernier rendez-vous. Beaucoup de choses à régler avant que mon dossier ne soit transféré à un autre oncologue. D'ailleurs, ce point me tracassait particulièrement. Alors j'avais une liste. Et mon Amoureux était à mes côtés, présent. Et à l'affût de tout oubli ou imprécision. Il me voit aller, au jour le jour, et il sait bien par quoi je passe. Il connaît mes états d'âme.

La première chose que m'a dite mon médecin quand je me suis assise en face de lui c'est: "Je t'ai trouvé un nouveau médecin." Et il a vite ajouté: "En fait, c'est UNE nouvelle médecin."

Elle est neurochirurgienne ET oncologue. Jeune et à la fine pointe des nouveaux développement dans la recherche sur les traitements du cancer du cerveau. On m'en dit beaucoup de bien et j'ai pleinement confiance que mon dossier sera entre bonnes mains.

Les résultats de l'IRM que j'avais passé la veille montrent une stabilité de la tumeur (voire peut-être une petite régression) ce qui est de bon augure. Mais il est encore tôt pour s'avancer dans les constats. Le rapport du radiologiste viendra préciser ces premières observations, de même que le regard de ma future oncologue (neurochirurgienne) et de mon propre neurochirurgien que je revois en mars.

Ma formule sanguine est assez bonne, mais basse. Ma moelle osseuse a besoin d'un peu de repos. L'arrêt de Temodal devrait me permettre de me fortifier.

Côté moral, ce n'est pas fort-fort. Et là, même si le mot fait peur (regard souriant par dessus les lunettes), mon oncologue m'a parlé d'anti-dépresseurs. Car je fais de la dysthymie. Il me prescrit quelque chose de léger mais qui devrait rétablir ma sérotonine et me donner un petit coup de pouce pour chasser les nuages.

Et puis on a parlé de la prolongation de mon congé de maladie. J'ai évoqué que des mauvaises langues laissaient entendre que je profitais de mon état, que j'écrivais à la maison, tranquille... Il a eu un geste éloquent, mimant un dôme au-dessus de sa tête. Il faut que j'apprenne à ne pas me laisser atteindre. Oui. C'est d'ailleurs une de mes résolutions pour 2013: cesser de me sentir coupable.

J'avais préparé une carte avec un mot pour lui. Il l'a lue devant moi. Les yeux embués. Il y a eu beaucoup d'émotion dans le bureau 8. 

Et ce furent nos adieux.