05 janvier 2013

Bureau 8: l'heure des adieux

porte-ouverte-ciel

Hier, c'était la dernière fois qu'on m'appelait au "Bureau 8", ce lieu où je suis passée par toutes les émotions, au gré des semaines, des mois. Des années.

Oui, bien du temps a passé dans le bureau de mon oncologue depuis notre première rencontre. J'ai eu des hauts et des bas. J'ai eu une longue période de stabilité. J'ai eu une rechute. Il m'a permis néanmoins d'aller à Rome avec mes étudiants. J'ai publié un livre tiré de ce blogue où il a un "rôle". Maintenant, nos routes se séparent.

J'avais beaucoup d'appréhension à l'idée de ce dernier rendez-vous. Beaucoup de choses à régler avant que mon dossier ne soit transféré à un autre oncologue. D'ailleurs, ce point me tracassait particulièrement. Alors j'avais une liste. Et mon Amoureux était à mes côtés, présent. Et à l'affût de tout oubli ou imprécision. Il me voit aller, au jour le jour, et il sait bien par quoi je passe. Il connaît mes états d'âme.

La première chose que m'a dite mon médecin quand je me suis assise en face de lui c'est: "Je t'ai trouvé un nouveau médecin." Et il a vite ajouté: "En fait, c'est UNE nouvelle médecin."

Elle est neurochirurgienne ET oncologue. Jeune et à la fine pointe des nouveaux développement dans la recherche sur les traitements du cancer du cerveau. On m'en dit beaucoup de bien et j'ai pleinement confiance que mon dossier sera entre bonnes mains.

Les résultats de l'IRM que j'avais passé la veille montrent une stabilité de la tumeur (voire peut-être une petite régression) ce qui est de bon augure. Mais il est encore tôt pour s'avancer dans les constats. Le rapport du radiologiste viendra préciser ces premières observations, de même que le regard de ma future oncologue (neurochirurgienne) et de mon propre neurochirurgien que je revois en mars.

Ma formule sanguine est assez bonne, mais basse. Ma moelle osseuse a besoin d'un peu de repos. L'arrêt de Temodal devrait me permettre de me fortifier.

Côté moral, ce n'est pas fort-fort. Et là, même si le mot fait peur (regard souriant par dessus les lunettes), mon oncologue m'a parlé d'anti-dépresseurs. Car je fais de la dysthymie. Il me prescrit quelque chose de léger mais qui devrait rétablir ma sérotonine et me donner un petit coup de pouce pour chasser les nuages.

Et puis on a parlé de la prolongation de mon congé de maladie. J'ai évoqué que des mauvaises langues laissaient entendre que je profitais de mon état, que j'écrivais à la maison, tranquille... Il a eu un geste éloquent, mimant un dôme au-dessus de sa tête. Il faut que j'apprenne à ne pas me laisser atteindre. Oui. C'est d'ailleurs une de mes résolutions pour 2013: cesser de me sentir coupable.

J'avais préparé une carte avec un mot pour lui. Il l'a lue devant moi. Les yeux embués. Il y a eu beaucoup d'émotion dans le bureau 8. 

Et ce furent nos adieux.

Posté par Julie GravelR à 11:03 - - Commentaires [10] - Permalien [#]


Commentaires sur Bureau 8: l'heure des adieux

    Moments d'émotions fortes! Je trouve ça super que celle qui prends la suite soit aussi neurochirurgienne!

    Quand je pense qu'il y a des gens assez morons pour oser t'accuser de quoique ce soit! Pffffft! Ne les laisses plus entrer dans ta bulle Je t'embrasse!

    Posté par Béo, 05 janvier 2013 à 11:46 | | Répondre
  • Oui, et ce genre de dépression est si physique que même les énergiques positives de nature, comme toi et moi, y peuvent difficilement quelque chose avec dela volonté seulement. Je suis contente que tu t'ouvres à cette donnée ... estomper la culpabilité, l'ennemie numéro 1 de plusieurs femmes de coeur.

    Ah, Julie, laisse parler ! Centres toi sur toutes les personnes qui t'aiment et te veulent réellement du bien. Il y en a tellement ! Les autres, laisse-les braire, laisse-leur leur morosité, elles leur appartient, ainsi que leur mauvaise langue - de l'envie sûrement, l'envie vient souvent de prendre le seul bon côté. On va leur donner le même congé que toi, en autant qu'elles prennent TOUT ce qui va avec. M'a dire comme Kevin Parent "Maudite jalousie" (titre d'une de ses chansons).

    Bureau 8. Moi aussi, je l'ai quitté avec toi. Sacré écrivaine va !

    Posté par Venise, 05 janvier 2013 à 12:33 | | Répondre
  • Chère Julie,
    j'aimerais te raconter un fait vécus concernant les mauvaises langues; Deux parents professeurs on eu un enfant lourdement handicapé des suites d'une erreur médicale.

    Ils se sont battus pendant des années et on gagné leur cause, ils ont reçus plus de 3 millions de dollars. Avec cet argent ils ont pu enfin adapté la maison et améliorer leur qualité de vie. Aller travailler a tour de rôle afin de pouvoir subvenir aux besoins de leur fille âgée de 14 ans. ( 14 ans qu'ils ont du assumer dans un premier temps toute ces années par leur propre moyen).

    De mauvaise langue ont alors dit,'' Wow C'est comme si vous auriez gagner à la LOTO!''... La réponse donnée à ces mauvaises langues de la part de ces parents dévoués à leur enfant a été, ''En effet c'est comme si on avait gagné à la LOTO, mais seriez vous prêt à payer le prix du billet''!

    Il y aura toujours des gens qui ne voient que les résultats et qui sera envieux sans porter attention au prix payer ou au chemin parcouru.

    Je t'embrasse très fort Julie et prends tout le repos dont tu as besoin, la culpabilité est un poison virulent et tu le sais très bien. xxx

    Posté par Marie-Pierre, 05 janvier 2013 à 12:45 | | Répondre
  • Oublie les mauvaises langues, tu as d'autres chats à fouetter! La plupart d'entre eux n'auraient pas eu la moitié de ton courage... deux enfants, deux carrières, l'amoureux et une maison, etc. Tu mènes ta barque avec force, laisse-les derrière toi, regarde en avant, nous on t'admire! xx

    Posté par Jules, 05 janvier 2013 à 13:38 | | Répondre
  • Les mauvaises langues qui t'entourent me rappellent cette pensée orientale reçue dans mes courriels récemment:

    « Un maître de l'Orient a vu un scorpion se noyer et décida de le tirer de l'eau, et lorsqu'il le fit, le scorpion le piqua.
    Par l'effet de la douleur, le maître lâcha l'animal qui de nouveau tomba À l'eau en train de se noyer.
    Le maître tenta de le tirer nouvellement et l'animal le piqua encore.
    Quelqu'un qui était en train d'observer se rapprocha du maître et lui dit :
    - Excusez-moi, mais vous êtes têtu! Ne comprenez-vous pas que qu’à chaque fois que vous tenterez de le tirer de l'eau il va vous piquer ?
    Le maître répondit: - La nature du scorpion est de piquer, et cela ne va pas changer la mienne qui est d'aider.
    Alors, À l'aide d'une feuille, le maître tira le scorpion de l'eau et sauva sa vie et continua:
    - Ne change pas ta nature si quelqu'un te fait mal; prends juste des précautions.
    Les uns poursuivent le bonheur, les autres le créent.
    Quand la vie te présente mille raisons de pleurer, montre-lui que tu as mille raisons pour sourire.
    Préoccupe-toi plus de ta conscience que de ta réputation.
    Parce que ta conscience est ce que tu es, et ta réputation c'est ce que les autres pensent de toi...Et ce que les autres pensent de toi...c'est leur problème. »

    Posté par Poudre en sucre, 05 janvier 2013 à 14:21 | | Répondre
  • A chaque fois que je te lis, j'ai l'impression d'y être. J'ai l'impression d'avoir aussi vécu cette rupture, grâce à ta plume.
    Pour ce qui est des "autres" , ceux pour qui la pensée négative est aussi automatique que de laisser passer l'air par leurs narines, laisses les de côté, ignore les, ne t'y attarde pas. Je t'encourage et je suis derrière toi en pensée et en énergie! Xxx

    Posté par Daniel Fagunds, 05 janvier 2013 à 15:55 | | Répondre
  • Chère Julie, je me rallie a tes amis(es) oh combien sage les messages postés. Il y aura toujours quelqu'un qui sera jaloux ou envieux non pas de ta situation mais de la force que tu as en toi pour continuer ton combat tout en continuant a savourer la vie. Il y aura toujours quelqu'un pour envier ton talent d'écrivain. Bref, il y aura toujours des morons, que veux-tu c'est la vie. Ne renonce jamais a écrire ou a réaliser tes rêves que tu sois en traitement contre ce cancer ou tout simplement en rémission(ce que je te souhaite).

    Posté par chantal, 06 janvier 2013 à 17:18 | | Répondre
  • Chère Julie,

    C'est une très belle relation qui s'est épanouie peu à peu entre toi et ton oncologue, et je pense qu'il a fait le nécessaire pour te confier à quelqu'un de vraiment bien. J'ai hâte de lire le récit de ta première rencontre avec ta nouvelle médecin!

    Quant à ces héros méconnus, à ces braves entre les braves qui sont déjà allés enseigner avec un pansement au petit doigt de la main gauche, il faut les féliciter pour leur courage et leur dévouement.

    Mais j'ai bien peur qu'ils ne soient jamais capables, comme toi, de voir le soleil au milieu de la nuit, et de faire bénéficier les autres de sa chaleur.

    Posté par Choubine, 08 janvier 2013 à 23:40 | | Répondre
  • Merci de tes observations attentives, Choubine, et de ton lyrisme, et merci à tous les autres commentateurs et supporteurs pour vos échos lumineux chacun à leur façon. Ensemble, nous pouvons devancer l'aube.

    Posté par A. De Caux, 09 janvier 2013 à 10:31 | | Répondre
  • @Béo: Oui, je suis bien contente que ce soit une femme ET une jeune qui me suive désormais. Comme ça, je vais pouvoir l'avoir longtemps! Pour ma bulle, il faut que j'arrive à me détacher. C'est une de mes résolutions pour 2013!

    @Venise: Ah, tu trouves les mots, ma chère! Je suis contente que plusieurs lecteurs, comme toi, se soient attaché à mon oncologue, avec le temps. Il est tellement, tellement fin! Pour l'énergie, la culpabilité... mon dieu! Je pense avoir de la matière pour faire d'autres billets ici!

    @ Marie-Pierre: Oui, et ça rejoint un peu ce que disait Venise. C'est facile de voir le "bon" côté des choses, mais en payer le prix, c'est autre chose. Pas sûre que les gens seraient contents d'avoir à voir leur vie rétrécie, avec une perspective de 10 ans. Un congé? Oui, mais avec les nuages... J'arrive à écrire, c'est vrai. Mais pas tout le temps non plus. Bref, c'est à moi de me faire une carapace. Je t'embrasse aussi xxx

    @Jules: Ah, tu es fine, miss! C'est vrai que j'ai beaucoup de choses à gérer, et que j'y arrive assez bien dans l'ensemble. Mais cette histoire de culpabilité demeure mon "dossier à régler"!!!

    @Poudre en sucre: Jolie fable, très éloquente, en effet. Merci! Conscience versus réputation... Oui, matière à réflexion pour moi. Je mûris doucement. xx

    @Daniel: Ah! C'est comme si tu y étais en pensées avec moi! Merci!

    @Chantal: On peut voir les choses comme ça, oui. C'est bizarre, comment sont les gens. Et, oui, je me souhaite une rémission! Une lllooonngguuueee rémission!

    @Choubine: Ma chère, sache que je vous ferai très vite ce résumé de notre première rencontre, puisqu'elle aura lieu demain (jeudi). Je pense que c'est un beau cadeau de départ que m'a fait mon oncologue. Quant à ceux qui laissent entendre que "j'utilise la maladie", eh bien, je n'y peux rien.

    @De Caux: C'est vrai qu'avec l'aide de tous mes "soleils invincibles" autour de moi, je peux espérer toutes les aubes possibles!

    Posté par Julie GravelR, 09 janvier 2013 à 15:14 | | Répondre
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